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Ahmadou Bamba, marabout de Touba, premier des mourides, fragment d’âme sénégalaise

Au lendemain du magal de Touba, l’une des plus importantes fêtes religieuses au Sénégal, nous vous proposons de faire connaissance avec la confrérie des mourides et avec leur fondateur, le cheikh Ahmadou Bamba.

Tous les 18 Safar du calendrier musulman, Touba est le théâtre du magal. Un torrent de fidèles afflue vers la deuxième ville du Sénégal, la très pieuse cité de la « rédemption[1] » bâtie au beau milieu du désert. C’est le départ de la grande fête des mourides, les adeptes d’un courant de l’islam spécifiquement sénégalais. L’événement prend la forme d’un pèlerinage d’une journée, qui réunit entre quatre et cinq millions de personnes ; soit environ six fois la population locale. Pour l’année 2017, les réjouissances ont eu lieu le 8 novembre.

La tradition, récente à l’échelle de l’histoire musulmane, remonte au XIXe siècle. Les pèlerins entendent ainsi commémorer l’anniversaire de l’exil septennal imposé par le pouvoir colonial à leur cheikh[2], Ahmadou Bamba, dont l’influence sur la foi de nombreux Sénégalais est aujourd’hui immense. Réputé homme de science et de piété, celui auquel ses disciples attribuent le titre de « Sérigne Touba[3] » fonde la confrérie des mourides au milieu de sa vie (1853-1927). Le nom vient de l’arabe al-murid, qui signifie « le volontaire, l’aspirant ». Fort de plusieurs millions d’adeptes, le mouridisme se réclame du soufisme, courant ascétique et mystique de l’islam.

La doctrine et la pratique soufies, pour foisonnantes et diverses qu’elles soient, peuvent se résumer en un concept central : la contemplation de Dieu. Une forme de méditation qui se manifeste par le dhikr (évocation, rappel), c’est-à-dire la répétition rituelle du nom d’Allah, de formules coraniques et éventuellement de paroles sacrées propres à chaque mouvement rattaché au soufisme. Sorte de litanie islamique, cette prière vise à rapprocher l’orant du divin par une invocation qui se veut perpétuelle et dont Ahmadou Bamba lui-même affirme qu’elle est « la découverte principale du mouride ».

Contrairement à la majorité de leurs coreligionnaires, les soufis mourides accordent une importance fondamentale au travail, perçu en soi comme une forme de prière. En conséquence, il n’est pas rare que leurs dignitaires soient eux-mêmes de riches propriétaires terriens ayant fait fortune dans le commerce de l’arachide. En outre, parmi les émigrés installés en Europe ou en Amérique du nord, beaucoup peuvent se vanter de s’être enrichis dans leur pays d’accueil. L’enseignement du cheikh, qui revendique l’exemple du prophète Mohammed, est sans équivoque sur ce point : « ligey-si top Yalla-la bok », lançait-il en wolof à ses adeptes pour les encourager aux travaux agricoles. Cette phrase, que l’on pourrait traduire par « le travail fait partie de la religion », est aujourd’hui devenue proverbiale.

À l’instar des figures religieuses les plus écoutées, Ahmadou Bamba est considéré par ses disciples comme un « saint », un « homme de Dieu », un de ceux que les Africains appellent des marabouts ; terme qui mérite que l’on s’y arrête et qu’on le définisse. Le mot dérive de l’arabe (murābit), langue dans laquelle il désigne l’habitant d’un ribāt, sorte de couvent militaire fortifié anciennement établi aux frontières des terres d’islam et où, du moins selon certains auteurs, se sont développées les premières confréries soufies. Au fil du temps, d’abus de langage en extensions abusives de sens, le terme s’est dépouillé de ses anciennes acceptions pour ne plus désigner qu’un savant religieux, musulman ou non, caractéristique des sociétés d’Afrique du nord et de l’ouest. Toujours est-il que dans le Sénégal contemporain, les marabouts jouissent d’un grand pouvoir spirituel (et bien souvent temporel) sur leur communauté.

Si l’on remonte le fil de l’étymologie, le mot « marabout » renvoie de surcroît à d’autres facettes de l’histoire. Son origine se confond avec celle des Almoravides, une lignée royale marocaine des XIe et XIIe siècles, dont le nom n’est autre qu’une translittération espagnole des « mūrabiṭūn ».  Soit, encore une fois, les « habitants du ribāt ». À l’unisson de certaines sources historiques, la tradition attribue d’ailleurs à Abdullah Ibn Yassin, imam et premier émir de la dynastie, l’introduction de l’islam dans l’espace géographique qui deviendra un jour le Sénégal. Pieux soufi, il y fondera son propre ribāt au bord du fleuve éponyme avant de périr au combat sur la côte atlantique, en 1059. Certains des siens enseigneront ensuite le Coran aux peuples subsahariens, tandis que d’autres, pour l’anecdote, croiseront la route du Cid, l’une de nos vieilles connaissances, sur les chemins de leur guerre sainte.

Ces évocations du passé démontrent qu’à bien des égards, le cheikh Ahmadou Bamba est un véritable fragment d’âme sénégalaise. Héritier d’une histoire et d’une culture millénaires, celles de l’islam africain, il se tient à la confluence des myriades de récits, de traditions et de croyances qui irriguent son pays. Par son statut de marabout, par son enseignement aux mourides, par sa personne même, nous apercevons ce que le Sénégal peut dire de lui-même. Ou plutôt entr’apercevons, car nous n’aurons jamais fini d’explorer cette terre riche de ses mélanges et de ses syncrétismes.

[1] Sens du mot tūbā en arabe

[2] Homme sage et respecté en raison de sa piété et de son savoir

[3] Le « Marabout de Touba », en wolof

En savoir plus

Thèse de doctorat sur le mouridisme

Description des mourides par un islamologue

Article du Monde sur les mourides d’aujourd’hui

Les marabouts dans l’histoire

Brève histoire des Almoravides

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