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La mesure du bien-être, nouveau défi des indicateurs de développement ?

Nous poursuivons ici notre réflexion sur le rôle que doit jouer la microfinance dans le développement des Suds. Mais au-delà de cette notion déjà complexe, est-il possible d’inclure le bonheur dans notre équation, et de le mesurer ? Ces dernières décennies, plusieurs nouveaux indicateurs ont tenté de répondre à la question, rompant partiellement avec le PIB et l’IDH.

Pour évaluer le niveau de développement d’un pays, il est fréquent de se fonder en priorité sur l’indice de développement humain (IDH). Depuis 2011, cet indicateur se calcule à partir de la longévité, de l’instruction et du niveau de vie de la population dans un pays donné. Les deux premiers critères s’expriment en années, respectivement vécues et passées au sein du système scolaire. Le troisième s’appuie sur le revenu national brut (RNB) par habitant en parité de pouvoir d’achat, avec le dollar américain en guise d’unité de référence.

Depuis deux décennies, l’IDH fait cependant l’objet de critiques, alors qu’il découlait lui-même des imperfections du PIB. En raison de ses insuffisances à rendre tous les aspects du phénomène qu’il s’attache à mesurer, il a inspiré plusieurs indices concurrents. « La poursuite du bonheur est un objectif fondamental de l’être humain », affirment les Nations unies, et c’est souvent dans cette optique que s’inscrivent les autres propositions d’indicateurs de développement. Nous nous proposons ici d’en explorer quelques thématiques.

Le pionnier dans ce domaine est sans doute l’indice du bonheur national brut (BNB), antérieur à l’IDH, proposé dès son accession au trône par Jigme Singye Wangchuck, roi du Bhoutan entre 1972 et 2006. Prévu pour nuancer les enseignements du PIB, le BNB entend tenir compte, dans chaque pays, de la préservation de la culture nationale, de l’implication dans le développement durable, ainsi que de la bonne gestion des affaires publiques. Cette idée ambitieuse et originale, dont les principes directeurs guident officiellement le pouvoir bhoutanais, a été reprise et mise en avant par l’ONU à partir de 2011. Elle présente néanmoins l’inconvénient de prétendre colliger des données difficilement quantifiables, puisqu’elle convoque des notions très abstraites. Par conséquent, il est d’autant plus ardu d’y associer des indicateurs purement factuels.

Le produit intérieur doux (PID), d’origine québécoise, adopte un angle plus radical : mettre en exergue l’importance des activités non marchandes dans la vie économique d’un pays. L’on peut inclure dans ce concept les travaux domestiques ou bénévoles, les savoir-faire, les coutumes locales, les traditions ; mais aussi la protection de la biodiversité, ou les investissements d’avenir… Il s’agit, en somme, de mesurer la richesse au sens le plus étendu du terme. Si l’indice n’a été que peu repris par la suite, il aura au moins permis de soulever le débat dans les années 2000. Malgré tout, lui aussi pâtit de sa résistance au traitement statistique.

L’indice de la planète heureuse (HPI) tente quant à lui de brosser directement un portrait global du bonheur collectif. Et les résultats surprennent, en ce qu’ils divergent bien souvent des classements proposés par les indicateurs classiques. Ainsi, sur l’année 2016, le quinté de tête se composait du Costa Rica, du Mexique, de la Colombie, du Vanuatu et du Vietnam. Cette différence peut s’expliquer par la méthodologie retenue. La mesure de l’empreinte écologique, et plus anecdotiquement celle de l’espérance de vie, pénalise en effet les pays qui signent les meilleurs résultats en matière de bien-être ressenti et de lutte contre les inégalités, tels que la Suisse, les Pays-Bas ou l’Islande.

De plus en plus d’IMF essayent de répondre concrètement à ces problématiques essentielles. Outre les microcrédits traditionnels, 42 % d’entre elles proposaient en 2016 au moins un service non financier, d’après les données du Baromètre 2017 de la microfinance. Dans la plupart des cas, cet engagement se matérialise dans des formations structurées à destination des micro-entrepreneurs. Tenues individuellement ou en groupe, ces séances portent sur des domaines aussi variés que la gestion de l’épargne ou des stocks, les techniques agricoles modernes, la santé, l’hygiène ou encore l’autonomisation des femmes. Grâce à ces actions d’une grande portée sociale, dont ils tirent également des bénéfices indirects, nos partenaires locaux affirment leur volonté de contribuer à la vie et au développement de leur région d’implantation.

Puisqu’on ne peut pas réduire la condition humaine à une série de chiffres, il n’existera sans doute jamais de panacée en matière de mesure du développement ; ce dont nous ne pouvons que nous réjouir, en définitive. Les indicateurs présentés plus haut ont toutefois le mérite de placer au centre de leur réflexion les notions de bonheur et de bien-être, trop souvent ignorées des études chiffrées… pour mieux rejaillir aujourd’hui ?

En savoir plus

Sur la mesure du bonheur en général

Sur le bonheur national brut

Sur le produit intérieur doux

Sur l’indice de la planète heureuse (en anglais)

Le Baromètre 2017 de la microfinance

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