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Portraits de femmes (2/2) : Berta Cáceres, la mobilisation d’une communauté

Aujourd’hui, Babyloan vous présente le portrait d’une femme exceptionnelle, qui a mené un combat de longue haleine contre le gouvernement hondurien et pour le  respect des droits de son peuple. Berta Cáceres, récipiendaire du Prix Goldman pour l’environnement et activiste des droits humains et autochtones, est un exemple d’engagement fort et convaincu. Nous vous livrons aujourd’hui son portrait.

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Berta Cáceres, militante écologiste hondurienne

En 2015, 185 personnes qui se battaient pour la défense des droits humains ont été assassinées à travers le monde. 122 d’entre elles se trouvaient en Amérique Latine, notamment la plus célèbre parmi toutes, Berta Cáceres.

L’histoire de Berta Cáceres s’inscrit dans cette lignée de femmes exceptionnelles qui trouvent leur force dans le combat des autres femmes. Née à La Esperanza, ville principale des indiens lenca, elle est le dernier enfant de Berta Flores, qui lui donne son nom. Berta Flores est une femme du peuple, politique et engagée : à une époque où l’on attend qu’elle soit mère au foyer, elle est à la fois sage-femme et maire de la commune. Berta Cáceres gardera toute sa vie la trace de l’engagement de sa mère et s’inspirera de son courage dans sa propre lutte.

Berta Cáceres, les droits avant tout

En 1993, âgée d’à peine vingt ans, elle cofonde le Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras, ou COPINH. Ces principes semblent simples, mais dans l’un des pays les plus corrompus de la planète, ils ne vont pas tarder à constituer une première pour les droits des communautés autochtones. Étant l’une des premières organisations indigènes du Honduras, COPINH se distingue par sa capacité à mobiliser les populations autour de leur identité et de leurs droits. C’est ainsi que de 1993 à 2006, Berta Cáceres et son organisation participent du mouvement latino-américain de protection des populations indigènes en consacrant leurs espaces de vie et demandent une forme d’autogouvernement par la dévolution de pouvoir aux municipalités autochtones, un moratoire sur la déforestation et une grande enquête sur les violences à l’encontre de ces peuples. En 1994, une grande marche sur la capitale Tegucigalpa parvient à la négociation d’un accord avec le gouvernement hondurien, décliné en 48 points,  mais le combat ne s’arrête pas là. Pendant 13 ans, Berta Cáceres se bat sans relâche contre divers projets de privatisation d’accès à l’eau, de barrages hydrauliques et d’accaparement des terres lencas. Elle est connue dans tout le pays, mais sa notoriété est encore limitée à l’Amérique Latine.

C’est en 2006 que la notoriété de Berta Cáceres dépasse le cadre national Un groupe d’Indiens lenca de la région de Río Blanco fait appel à elle devant l’afflux de matériaux de construction sur leur territoire, pour un projet dont ils ne savent rien et qui, en plus d’empiéter sur leurs terres sacrées, menace la pérennité de la communauté.

Commence alors pour Berta Cáceres un combat long de huit ans, et qui la conduira à sa perte. Elle découvre que le projet consiste en une joint-venture entre Desarrollos Energéticos, S.A, ou DESA, la Société Financière Internationale (SFI), qui fait partie du Groupe de la Banque Mondiale, et Sinohydro, afin de construire quatre barrages hydrauliques sur le fleuve Gualcarque. L’entreprise n’aurait pas consulté les populations locales comme l’y obligent les lois internationales, et le projet menace directement leur accès à l’eau, aux plantes médicinales et à la nourriture. Cáceres prend alors la tête d’un mouvement de protestation contre les barrages et mène son combat devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme.

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Pendant toute une année, elle mène avec le COPINH une bataille acharnée contre le projet. Elle constitue une assemblée locale qui vote formellement contre les barrages et maintient une occupation pacifique du site en protestation, et dépose des recours en justice. Pendant toute une année, l’occupation systématique et pacifique du site est menacée par diverses actions violentes et militarisées qui tentent d’évacuer les occupants du site de construction. Cependant, la communauté lenca est minutieusement organisée en vue de résister et repose sur un solide système d’alerte qui lui permet de maintenir ses positions.

À la fin de l’année 2013, l’avenir semble s’éclaircir pour le mouvement de protestation. Le projet semble remis en cause par le retrait de Sinohydro, qui se justifie en citant les mouvements de protestation locaux et la fureur causée par la mort d’un militant écologique et chef de communauté lenca, Tomas Garcia. Ce fut ensuite au tour de la SIF de se désister, évoquant à son tour une atteinte aux droits humains. Pendant toute cette année, Berta Caceres a reçu 33 menaces de mort, et accuse DESA de l’avoir directement menacée à travers ses employés. Elle ne bénéficie cependant d’aucune protection policière et continue de se battre à visage découvert.

En 2015, Berta Cáceres accède à une stature internationale en recevant le prestigieux Prix Goldman pour l’environnement. Ses proches craignent pour sa sécurité, notamment sa mère, qui ne cache pas son inquiétude et sa peur de voir sa fille exécutée. C’est cette notoriété grandissante qu’évoquent aujourd’hui ses proches : trop envahissante, la renommée de Berta Cáceres aurait pu la protéger de toute rétribution pour ses actions en faveur des communautés autochtones et de l’environnement. La veille de ses 43 ans, deux hommes encagoulés pénètrent dans sa maison de La Esperanza et ouvrent le feu sur elle. Ils laissent pour mort son compagnon de lutte et ami Gustavo Castro Soto.

L’assassinat de Berta Cáceres a certes suscité un émoi international, mais il n’est toujours pas officiellement résolu. De récents documents évoquent la possibilité d’une implication de forces militaires d’élite, et le manque de transparence des autorités ne fait que renforcer les questions qui planent autour de cet événement.

Les 8 et 9 mars, Babyloan vous donne rendez-vous afin de marquer notre engagement pour la protection de l’environnement et les droits des femmes à travers le monde : découvrir notre opération exceptionnelle 

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