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La microfinance attaquée, Babyloan réagit

Depuis quelques semaines, la microfinance fait l’actualité. L’éviction du Professeur Yunus de la tête de la Grameen Bank et plus largement les messages très négatifs véhiculés sur ce secteur nous amènent aujourd’hui à réagir. La microfinance est-elle réellement menacée ou condamnée comme l’annoncent certains ? Retour sur les derniers événements…

Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006,  a été évincé, mardi, de la Grameen Bank, qu’il a fondé et dirige depuis 1983. La Haute Cour du Bangladesh a entériné une décision prise la semaine dernière par la Banque centrale du pays. Muhammad Yunus, aujourd’hui âgé de 70 ans, est accusé d’être resté à la tête de la Grameen Bank alors qu’il aurait du, il y a dix ans de cela, faire agréer sa nomination par la banque centrale du Bangladesh. Un limogeage… dix ans plus tard qui ne fait que confirmer l’atmosphère de règlement de compte politique qui plane sur cette affaire.

Depuis l’annonce de cette éviction, le prix Nobel de la Paix contre-attaque et dénonce « une situation tout à fait absurde » et pense que « le gouvernement veut aujourd’hui prendre le contrôle du conseil d’administration de la Grameen banque pour qu’elle soit complètement à sa disposition« . Les mouvements et déclarations de soutien à Yunus se multiplient de par le monde : les femmes bénéficiaires du microcrédit et actionnaires de la Grameen Bank, l’ensemble des acteurs du secteur mais aussi des personnalités comme Bill Clinton, Maria Nowak, présidente de l’Adie, Martin Hirsch, Michel Camdessus, etc.

Quelques semaines après le scandale de SKS en Inde, cette affaire fait resurgir les polémiques liées à la microfinance, aujourd’hui triste marronnier médiatique. Après l’avoir encensé, on nous parle désormais de méthodes de recouvrements inacceptables, de sur-endettement ou d’introductions en bourse. Babyloan déplore et dénonce depuis toujours ces dérives. Nous vous avons très régulièrement fait part de nos inquiétudes et de nos positions sur ce blog ou dans les médias , car nous sommes convaincus que la transparence est une vraie force.

Mais les dérives et les conséquences d’une partie de la microfinance trop mercantile, dont les médias font désormais leur choux gras, n’est pas le  visage de toute la microfinance, loin s’en faut. C’est dans ce contexte que de dangereux raccourcis médiatiques se multiplient. «  La micro finance serait une poule aux œufs d’or » alors que 80% des 10 000 IMF du monde sont en perte, « la microfinance aboutirait à l’appauvrissement de 75% de ses bénéficiaires *» alors qu’aucun spécialiste sérieux du secteur n’a jamais défendu une telle affirmation. «Les taux à 26% (taux moyen dans la monde et en baisse constante) seraient des taux usuraires *» alors que l’usurier du coin lui facture sans scrupules du 300%. (*source JT TF1 du mercredi 9 mars)

Si ces « news »  peuvent être des vérités ponctuelles et localisées, elles sont autant de contre-vérités si elles sont présentées comme des généralités, ce que ne manquent pas de faire certains, par méconnaissance du secteur ou par esprit de racollage.

Comme l’analyse, pour le journal La Croix du 08 mars 2011, Isabelle Guérin, chercheuse à l’institut de recherche pour le développement « Certains disent qu’il y a trop d’argent dans le secteur. Il n’y en a pas trop, mais il est concentré dans des institutions très médiatisées, alors que des établissements plus modestes, œuvrent véritablement pour le bien être des gens. A côté de la microfinance commerciales et ses dérives, existent des acteurs, à l’expertise remarquable, qui sont actuellement délaissés« . Quand le bras est gangréné, faut-il condamner la personne ou amputer le bras infecté ?

Que l’on ne se méprenne pas, le propos n’est pas ici d’éluder ou de nier les débats et les questions qui dérangent, et il est bon que les médias sensibilisent les acteurs du secteur et le public sur ces dérives. Le fait que l’on parle de l’impact social  de la microfinance est une conséquence positive,  une bonne nouvelle.  Il est par contre extrêmement dangereux que certains de ces médias présentent ces dérives sous forme de règle générale. Ils mettent, -mais en ont-ils conscients? -, gravement en danger l’ensemble du secteur lui faisant courir un risque systémique d’assèchement de ses ressources. Faut-il rappeler que 160 millions de personnes par le monde vivent du développement de leur activité d’auto-subsistance elle-même financée par le micro crédit ?

Babyloan a toujours affirmé son choix de collaborer avec des acteurs de terrain à forte dimension sociale. Les IMF , de petites et moyennes tailles avec lesquelles nous travaillons, sont rigoureusement sélectionnées par un comité de sélection composé de professionnels du secteur. Elles sont auparavant auditées comme nous l’expliquons sur le site de Babyloan. Ces partenaires sont sélectionnés notamment pour leur fiabilité économique et leur approche sociale. Les multitudes de bénéficiaires que nous rencontrons sur le terrain, dans tant de pays du monde et qui ne sont nullement concernés par ces dérives nous confortent sans cesse dans la justesse de nos choix et de notre action, mais ceux la ne semblent pas avoir les faveurs des médias. C’est bien triste.

C’est la raison pour laquelle nous continuerons sans relâche à défendre la microfinance sociale et le micro-crédit. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un véritable outil pour le développement de la dignité humaine.

Nous vous invitons à vous mobiliser, à nos côtés, le 16 mars à13H au Trocadero, sur le parvis des droits de l’Homme, pour soutenir Yunus et plus largement une microfinance sociale qu’il défend plus que jamais.

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1 Commentaire

  • Répondre zazamau 12 mars 2011 à 14 h 56 min

    Bien sur tout le monde est conscient qu’il y a des dérives dans la micro finance (comme dans la finance « normale » à une autre échelle) mais si il n’y a plus de micro finance, beaucoup que ce soit en France où ailleurs, ne peuvent pas avancer. Nombre de petits entrepreneurs français ne peuvent pas progresser ou commencer une activité faute de fonds, et souvent des sommes peu élevées, alors qu’ils se perd des sommes monstrueuses par ailleurs.

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