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La microfinance peut-elle répondre à la crise ?

Le Salon des Solidarités ouvre ses portes et invite des personnalités de prestige à intervenir sur des conférences aux thématiques variées. L’une d’elle, intitulée « Le microcrédit, une réponse à la grande crise ? » se déroulera le samedi 2 juin à 15h. En amont de cet évènement, voici 4 questions posées à Jean-Luc Perron, délégué général de la Fondation Grameen Crédit Agricole.

Pensez-vous que l’utilité du microcrédit soit sous-estimée dans la grave crise que nous traversons?

Il faut bien distinguer la situation des pays du Sud, où la majorité de la population, parfois plus de 95%, de la population, n’a aucun accès aux services bancaires  (pas uniquement le crédit, mais aussi la possibilité d’épargner sur un compte ou d’être protégé par une assurance). Dans ces pays, la place de la microfinance est de plus en plus reconnue et encadrée par une réglementation pour éviter les dérives. On compte environ 200 millions d’emprunteurs actifs, et donc plus d’un milliard de bénéficiaires, en comptant les familles. Par contre le rôle que pourrait jouer les institutions de microfinance dans la diffusion de produits de micro-épargne ou de micro-assurance n’est pas suffisamment soulignée.

Dans les pays du Nord, en particulier en Europe, où plus de 95% des ménages sont bancarisés,  le microcrédit fonctionne comme une corde de rappel pour des personnes

marginalisées ou exclues de fait du système bancaire : l’expérience de l’ADIE en France montre que le micro-crédit, couplé avec un accompagnement social fort peut contribuer à remettre ces personnes en selle. Ce rôle-là est de mieux en mieux reconnu par le législateur français (cf les initiatives prises par Christine Lagarde en mars 2010)et par les institutions européennes (en particulier l’initiative Progress pour aider les organisations de microcrédit en Europe). Le renforcement du cadre juridique du microcrédit en Europe est une des 11 actions clé annoncées par la Commission Européenne dans le cadre de sa Social Business Initiative.

Mais attention, au Nord comme au Sud, la microfinance n’est pas une solution miracle ; en particulier un crédit même micro comporte un risque pour le prêteur et pour l’emprunteur. Il doit être conçu comme un outil pour financer des projets générateurs de revenu.

Pouvez-vous nous dire deux mots sur la fondation que vous dirigez ?

La Fondation Grameen Crédit Agricole est née de l’initiative de Crédit Agricole S.A. en partenariat avec le Professeur Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix 2006, fondateur de Grameen Bank (la « banque des villages ») au Bangladesh. Créée en Septembre 2008 en tant qu’organisme sans but lucratif, la Fondation a reçu dès sa création une dotation de 50 millions d’euros de Crédit Agricole, pour lui permettre de lutter contre la pauvreté et l’exclusion financière dans les pays émergents, en accompagnant le développement d’institutions de microfinance et en facilitant l’essor des entreprises de « social business ». En quatre ans, la Fondation a approuvé 53 financements d’institutions de microfinance et de social business dans 22 pays, pour un montant cumulé de plus de 35 millions d’euros, sous forme de prêts, de garanties et de participations au capital. Les institutions financées ont un portefeuille cumulé de 1,25 million de clients, dont 91% sont des femmes, 74% vivent en milieu rural et 38% se trouvent en Afrique sub‐saharienne.

www.grameen-credit-agricole.org

D’après-vous, le social business est-il en mesure de concurrencer les entreprises classiques ?

Nous concevons le Social Business comme une réponse d’entreprise à un problème social. Dans le contexte des pays en voie de développement, il s’agira le plus souvent de donner aux plus pauvres l’accès à des biens et services essentiels dont ils sont privés : nourriture, eau potable, énergie, santé, éducation, services financiers… Ces entreprises sont des « entreprises normales » et sont donc en concurrence avec le marché, mais elles ont été créées pour atteindre un but social et y consacrent tous leurs moyens, en particulier elles réinvestissent les profits qu’elles pourraient dégager. Elles n’ont donc aucun privilège et doivent faire preuve d’innovation pour atteindre leur but social tout en atteignant l’équilibre économique.

Dans le contexte des pays du Nord, les « social business » remplissent souvent une mission de service public, à la place ou en complément d’actions conduites par les collectivités publiques : insertion de personnes handicapées, logement pour les plus déshérités, réinsertion de chômeurs de longue durée, réinsertion professionnelle d’anciens détenus etc. Dans ces cas-là, il est normal que tout en fonctionnant comme des entreprises, les social business bénéficient de dispositifs de subvention, ou d’un allégement des charges sociales, puisqu’ils contribuent par leur action à réduire le coût de ces situations pour la solidarité nationale.

Dans l’un et l’autre cas, les social business peuvent inventer des modèles innovants de production ou de distribution, tout à fait compétitifs par rapport à des entreprises normales.

Que manque-t-il au social business pour prendre son essor ?

Des entrepreneurs pour en prendre l’initiative et la direction,
Des incubateurs pour en favoriser l’éclosion, en phase d’étude et de lancement,
Des financeurs socialement motivés – social business angels et social business funds – pour en financer le développement
Un climat politique et médiatique porteur.

Jean Luc Perron ©Fondation Grameen Crédit Agricole

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