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Mesurer le développement : à quelles fins ?

Dans ce nouvel article de réflexion, Babyloan revient sur la notion de développement. Celle-ci est en effet très difficile à quantifier de manière satisfaisante, car elle dépend d’un très grand nombre de paramètres globaux. Dans ce contexte, la microfinance se propose justement de contribuer au développement sur le terrain en agissant de manière concrète auprès des micro-entrepreneurs. 

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La microfinance est apparue avec une promesse : endiguer la pauvreté mondiale, en favorisant le développement des Suds. Après quatre décennies et un succès indéniable, certains acteurs en viennent à se demander où en sont aujourd’hui ces objectifs. Mais est-il seulement possible de répondre à une telle question ? S’il est envisageable d’évaluer sans trop de difficulté l’impact des dons à l’échelle des micro-entrepreneurs que nous soutenons individuellement, qu’en est-il du développement d’un point de vue plus global ?

La réflexion est d’emblée biaisée par l’absence de définition précise et objective applicable à la notion de développement. En sus d’éventuelles considérations purement sémantiques, les instruments traditionnels permettant de mesurer le développement couvrent difficilement toute l’étendue du problème abordé. Il semble aujourd’hui difficile de traiter la question sous le seul angle de la croissance économique et du produit intérieur brut (PIB). Ces indicateurs, dont la pertinence est en soi contestable, ne permettent pas de rendre raison des inégalités au sein même des États s’ils ne sont pas nuancés par d’autres outils, tels que l’indice de Gini.

Ajoutons que la complexité des phénomènes qui entrent en ligne de compte nous oblige à réduire l’analyse à de simples schémas, impropres à rendre fidèlement tant la réalité des choses que leurs raisons profondes. Les analystes affirment parfois que le processus de classement de pays dans une catégorie plutôt qu’une autre relève davantage de la pratique ou la technique que de la science pure et dure. De même, les facteurs de développement observés découlent bien souvent de causes multiples et intrinsèquement liées : à titre d’exemple, l’augmentation du nombre de femmes inscrites dans l’enseignement supérieur peut à la fois s’expliquer par des programmes de sensibilisation mis en place et par l’augmentation du niveau de vie des familles, permettant ainsi de régler les frais d’inscription à l’université.

À ce jour, malgré ses imperfections, le meilleur instrument de mesure grandeur nature est sans doute l’Indice de développement humain (IDH). Conçu par l’Indien Amartya Kumar Sen et le Pakistanais Mahbub ul Haq, il avait pour but d’être « aussi simple que le PNB » à évaluer, sans tomber dans l’écueil de la cécité « face aux aspects sociaux de la vie humaine ». C’est pourquoi le calcul tient compte de trois dimensions essentielles : l’espérance de vie, l’alphabétisation et le revenu national brut (RNB) par habitant. Il dresse ainsi un tableau plus fidèle des inégalités sociales et permet de les faire apparaître y compris au sein des pays « développés » :  la France, cinquième PIB mondial, ne se classe plus qu’en 21e position en matière d’IDH.

Le microcrédit tente par ses propres moyens de traiter les questions globales soulevées par l’IDH, en agissant à son échelle, de manière concrète et individuelle. Il permet incontestablement de subvenir aux besoins primaires de l’humanité, tels que la nourriture ou le logement. Centrée sur les micro-entrepreneurs et sur la pérennité de leur entreprise, la microfinance participe en outre à l’autonomisation des individus concernés, qui s’avère tout aussi inquantifiable que le développement dans son ensemble. Même si le changement induit est pratiquement impossible à chiffrer précisément, il n’en demeure pas moins qu’il existe dans les faits, comme en témoignent les nombreux projets soutenus par les membres de Babyloan. Après tout, c’est bien l’objectif que Muhammad Yunus lui avait fixé : « l’argent n’est rien d’autre qu’un outil qui permet aux êtres humains, y compris les plus pauvres et les plus infortunés, de réaliser leurs rêves ; il les aide dans leur quête de dignité, de respect et de sens »[1].

[1] Martia GARCÍA MANDALONIZ, « No es Oro Todo lo que Reluce en las Microfinanzas: La Necesidad de una Regulación Internacional », Derecho & Sociedad, 41, 2013, pp. 67-101

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