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Microfinance : débats et idées sur la commercialisation

Ce texte est un extrait traduit provenant du blog Overseas Development Institute, écrit par Milford Bateman

La commercialisation de la microfinance apporte-t-elle de vrais résultats pour les plus démunis ? L’accès de plus en plus facile au crédit est-il dangereux pour l’Inde ? Dans les années 1990, la Banque Mondiale et USAID ont lancé une forme de microfinance commerciale fonctionnant sur le modèle de Wall Street et on attendait des résultats prometteurs : on disait que la pauvreté serait éradiquée.

Il n’en fut rien. On a observé que cette commercialisation de la microfinance n’avait pas réduit la pauvreté de façon durable mais avait plutôt créé des excès spéculatifs ainsi qu’une hausse de la pauvreté et de l’insécurité. Aujourd’hui, l’inquiétude grandit car cette microfinance commercialisée a endommagé les économies locales dans plusieurs pays en développement dont l’Inde.

L’exemple de SKS

Swayan Krishi Sangam (SKS) est une société à but non-lucratif qui a pour mission d’aider les plus défavorisés. En 2006, c’était la plus grande institution de microfinance (IMF) d’Inde et son PDG Vikram Akula était reconnu comme l’une des personnalités les plus influentes du monde. Pourtant, le business model de cette IMF rassemblait tous les défauts de la microfinance commercialisée.

Comme pour toute IMF, les fonds de SKS sont uniquement destinés aux personnes en difficulté. Malgré ce constat évident, il s’est avéré que le PDG et certains membres du personnel touchaient de généreux salaires. Ont également été remis en question le rôle des 5 MBT (Mutual Benefit Trusts) qui étaient sous le contrôle de SKS : on a découvert que la société à but lucratif SKS Microfinance avait acheté la totalité du portefeuille de SKS Society (la branche de SKS à but non-lucratif).

Suite au cas SKS, UNITUS a fait l’objet de préoccupations. Il s’agit d’un organisme de microfinance qui a lui aussi ouvert une branche à but lucratif, nommée UNITUS Equity Fund). Mais est-il normal qu’un organisme financé par les contribuables (soit UNITUS) crée un organisme à but lucratif (soit UNITUS Equity Fund) qui investisse lui-même par la suite en faisant des profits dans un organisme à but lucratif (SKS) soutenu grâce à l’argent des contribuables ?

Les membres du Conseil d’Administration d’UNITUS ont déclaré qu’ils reverseraient tous leurs bénéfices à des œuvres caritatives, mais cela n’excuse pas qu’ils se soient autorisés à lever des fonds privés grâce à l’argent des contribuables.

La problématique est donc la suivante : la commercialisation de la microfinance est-elle une bonne chose pour les plus défavorisés ? Sans doute, mais les obstacles sont nombreux : l’introduction en bourse de SKS génèrera des fonds, mais seule une petite partie de cette somme sera reprêtée, le gros étant destiné aux actionnaires. De même, on s’attend à un encombrement microfinancier en Inde, ce qui n’est pas de bon augure pour les personnes défavorisées, surtout celles vivant en zone rurale.

Des études montrent que les fermiers sont prisonniers d’un cercle vicieux : ils doivent solliciter des prêts pour rembourser leurs prêts précédents. Le peu de bénéfices dégagés par ces microcrédits sont avalés par des taux d’intérêts démesurés. On a également noté une hausse du taux de suicide dans certaines provinces où ce phénomène de cercle vicieux était présent. Mais malgré tout cela, beaucoup de personnes pensent que le microcrédit est la solution au problème de pauvreté en Inde.

Il faut repenser le système

Pour cela, il faut mettre l’accent sur d’autres moyens d’accéder au crédit : les coopératives et les institutions gérées par les épargnants, les banques communautaires de développement ou encore les coopératives de crédit locales pour les microcrédits de consommation.

Quoi qu’il arrive, il faut empêcher les IMF de type Wall Street de s’occuper des systèmes financiers, et laisser les premiers concernés s’en charger : les communautés locales.

Pour lire cet article dans son intégralité et dans la version originale sur le blog de  Overseas Development Institute

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