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A quand des micro-entrepreneurs français sur Babyloan ?

La crise nous rappelle combien le tissu social français est sensible à la détérioration de l’économie. L’inquiétude se glisse dans tous nos comportements y compris les plus solidaires. La baisse sensible de la collecte des ONG en atteste. C’est au moment où l’on en a le plus besoin que notre envie de solidarité s’étiole le plus, triste réalité de la sociale dépression alors que nous exportons notre crise vers les pays sans ressource, bien incapables d’en amortir, eux, les conséquences.


La solidarité vient pourtant de se trouver un nouveau mode d’expression capable de réconcilier ceux qui rechignent à se dessaisir avec ceux qui ont plus que jamais besoin d’un coup de pouce pour s’en sortir : le micro prêt solidaire. Tout droit venu d’outre atlantique où il rencontre un immense succès, le micro prêt solidaire par Internet y a déjà séduit près d’un demi-million de personnes et a trouvé son terrain naturel d’expression à travers le parrainage de bénéficiaires de micro crédit dans les pays en développement. On prête en bas, pourquoi pas en haut? En France, des milliers d’internautes se sont appropriés cette innovation en quelques semaines. Première initiative de ce type en France, Babyloan.org, a été lancé en septembre 2008 avec l’ONG française ACTED en partenariat avec le Crédit Coopératif et la BRED, rejoints par Neuflize OBC et Etimos, une ONG italienne.

Il faut dire que cette aide vient bousculer bien des paradigmes. Prêter à ceux qui développent une micro activité de subsistance et se sortent de la précarité par leur propres moyens, quel plus bel exemple d’expression de la dignité humaine. Ces sites de micro prêt solidaire, dits de Peer to Peer de micro crédit, véritables embryons de banques citoyennes, viennent aussi répondre à plusieurs aspirations fortes et contemporaines du grand public : la traçabilité de l’aide en mode parrainage, l’approche en mode entrepreneurial plutôt qu’en mode assistance, l’aide à fonds non perdus perpétuée dans le temps par le biais d’un prêt récupérable…

La micro crédit impose aux institutions de micro finance (IMF) la recherche de ressources financière massives (et couteuses) afin de pouvoir re prêter à leur protégés. Ces ressources provenaient jusqu’il y à peu de l’univers institutionnel alors que le grand public n’y avait quasiment pas accès. L’idée géniale des créateurs du Peer to Peer de micro crédit, branche émergente du SWEB2.0 (le Social Web 2.0) aura donc été de permettre à tout un chacun d’apporter aux IMF une ressource complémentaire et peu couteuse. Tout un symbole à l’heure où les banques vacillent que cette forme de finance alternative…

Au delà de l’aide aux pays en développement, ces plateformes ont également leur utilité dans une relation Nord – Nord : pouvoir parrainer des bénéficiaires français, près de chez soi. La France d’ailleurs, comme nombre de pays occidentaux, redécouvre les vertus du micro crédit. Permettre l’accès de certains déclassés à un micro crédit professionnel et à l’auto entreprenariat, enfin consacré par un cadre législatif, représente un outil à fort levier que les pouvoirs publics et les collectivités territoriales tentent actuellement de promouvoir avec à propos

Favoriser le micro crédit en France implique de faciliter l’accès des associations de micro crédit à une ressource peu couteuse que le Peer to Peer permet si bien. Or, au pays de l’hyper régulation, les associations de micro finance n’ont accès, pour se refinancer, qu’à de la ressource bancaire. L’ADIE de Maria Nowak n’est donc autorisée qu’à emprunter auprès…des banques ou des fonds pour re prêter à ses démunis.

Cette distorsion de traitement entre solidarité Nord – Sud et Nord – Nord n’a pas de sens et les internautes réclament quotidiennement la possibilité de pouvoir matérialiser leur aide au bénéfice de français. Il n’est aucune raison de maintenir fermé, l’accès des associations de micro crédit à une telle ressource solidaire. Les entreprises elles aussi s’intéressent aux vertus du micro prêt solidaire. Cette fois nos carcans réglementaires nous opposent « l’acte anormal de gestion » au titre duquel la réalisation par une entreprise d’un prêt gratuit ne mériterait que suspicion et redressement fiscal.

Nous appelons donc au changement des textes et des pratiques sur ces deux points afin que le micro prêt solidaire puisse trouver en France son parfait terrain d’expression. La députation vient de s’emparer de ces questions et nous nous en félicitons, espérant de tout cœur que leur intérêt pour le sujet, au-delà des frontières politiques, les mènera à bon port…La solidarité par le prêt en est à l’aube des ses développements mais elle est en elle-même porteuse de grands espoirs. En ces temps de crise, nous sommes fiers d’en être le porte drapeau en France.

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