Non classé

L’histoire de Babyloan

Babyloan est né en 2005. J’étais banquier, directeur commercial et m’ennuyais, 12 années de banque privée m’avaient lassées du métier. On fusionnait sans cesse, on y gérait son voisin autant que son client, le premier pour ne pas perdre la compétition sociale, le second pour ne pas le perdre tout court.

Un beau jour ce curieux mail : convocation pour trois jours à Amsterdam « annual sustainable development conference » j’ignore royalement ce truc auquel je ne comprends rien et reçois la remontrance du grand boss « Mon vieux ! Vous êtes le dernier à confirmer votre présence, la France va encore avoir sale réputation »…j’appelle Virginie afin qu’elle retrouve ce satané mail pour traduction : « conférence annuelle du groupe sur le développement durable » pourquoi moi ? Je m’en fous, suis directeur du simple développement, pas du durable, veulent-ils me ranger au placard ? …j’y pars docile, pas le choix, et trois jours à la mer…me baigne dans les eaux froides de la mer du nord, un défi. La chaleur de ce mois de mars nous fait dire que dans dix ans, les palmiers pousseront à Amsterdam, que le monde ne va pas, on nous présente les handicapés comme les meilleurs coursiers du monde, la banque doit être à la pointe verte de tout le vert des banques du monde, on boit, on mange, que d’argent, du Woodstock vert de riches !!

Je rentre auréolé de mon nouveau titre informel « directeur commercial en développement durable », logique, rien n’est impossible ! Mais je commence à y prendre gout. Rassurons nous, pas trop longtemps : le très grand boss de la banque fait un show devant les salariés « la banque doit être à l’avant-garde, c’est un sujet majeur, c’est notre avenir, celui de nos enfants… » Et quelque jours après « Au fait mon vieux, ne perdez pas trop de temps avec tout ça », dommage ça me reposait du commercial, échappatoire furtif. Et puis ce développement durable : « double printons nos impressions, éteignons nos ordi, recyclons nos cartouches d’encre, que du bon sens », cette porte ouverte pour sollicitation du bénévolat des employés : la salle presque vide et deux endormis…je m’ennuie, et toute cette énergie de Béatrice, chapeau bas ! Je pense à abandonner.

Le tsunami nous tombe dessus, on collecte on re-collecte on sur-collecte, le siège abonde, mais pour qui ? Ils croulent tous sous le fric !! On choisit donc un truc inconnu ; ACTED. Marie Pierre, la brune rieuse, Fred, le barbu charismatique – 25 pays, 3000 salariés et 50 millions de budget – mais inconnu. On donne les 30 000. « Merci, cool, vous êtes banquiers, ça ce voit tout de suite…on fait du micro crédit, discutons… » Pourquoi pas ! On groupe de travail mais on ne se rencontre pas. Nous, les beaux PowerPoint, l’éloge de la gouvernance, du fund raising, de la structuration juridique et du beau BP, de vrais auditeurs. Eux, « mais vous n’avez pas lu nos reporting terrain ? Vous ne comprenez pas ? Lisez CGAP !! Ci qui ? » Six mois pour un flop annoncé…

Soudain Surgit l’idée : 4 banquiers sur le terrain. Besoin d’un auditeur, d’un juriste de banque, d’un informaticien et d’un analyste financier : je suis rien : banquier privé spécialisé du riche…pas ma place… je tente au hasard « je fais des photos » je pars : direction deux semaines au Tadjikistan, Douchanbé via la « TrajikAirline »…Le révélateur : après la mer du nord, le doigt de pied que je plonge dans l’ONG me glace et me bouscule, j’adore le micro crédit, le terrain, la visite des bénéficiaires, l’audit de l’institutions de micro finance, la guest house sans eau, les photos, le concours de vodka perdu d’avance avec les locaux, la réglementation tadjik…en Russe, les visites au ministère de la justice, à la banque centrale ou « retour chez les soviets », l’accueil, ces sourires d’enfants, la rencontre avec les concurrents, on est en concurrence, que diable! Merci pour tout Fred et Marie Pierre, quel couple !! Le voyage me bouleverse, nous bouleverse : Marie, Cyrille, Béatrice, Eric et votre serviteur. Nous rentrons (trop vite), aidons ACTED à filialiser son micro crédit, c’est la naissance d’OXUS, l’un des premiers réseaux français de micro crédit dans les pays du sud. Magnifique Asie centrale : Tadjikistan, Ouzbékistan, Kirghizstan, l’Afghanistan aussi, voici nos attaches, demain l’Afrique. Nous voila administrateurs d’une Micro Banque et salariés d’une Euro Banque.

On nous reparle de fusion, une de plus, je rêve de création d’entreprise, je pars. C’est décembre 2005 « mon vieux, vous ne partez pas comme ça, clause de non concurrence ». Je réponds par une demie vérité « ah bon ? Mais je pensais aller bosser pour OXUS, ce n’est pas concurrence ça, l’autre bout de l’échelle social aux fins fonds de nulle part » on me prend au mot « vous allez chez OXUS 1 an, on vous paye pour ça et vous piquez pas les clients », banco ! Direction mes nouveaux bureaux, au siège d’ACTED, peinture défraichie, modeste lumière, staff adorable, « comment on écrit Tadjikistan déjà ? ». Un an de modeste contribution au développement du réseau OXUS.

Du Networking, du fund raising à Paris, ce qu’on prête au sud, il faut bien le trouver quelque part, plutôt au nord : les institutionnels, les bailleurs de fonds c’est lent, les comités, les refus. OXUS avance plus vite que nous sur le terrain, les encours gonflent 900 000 dollars fin 2005, 1 800 000 fin 2006 on court après le cash, 13 000 bénéficiaires, toujours plus de micro crédits, les réflexions stratégiques : « l’urbain ? le rural ? L’individuel ? Le collectif ? Les dépôts ? Attention au PAR, le quoi ? Le portefeuille à risque » encore banquier ? Non !! Institution de Micro Finance, l’IMF ou les vertus du développement dans l’autosuffisance, passionnant, envoutant, une drogue ?

Et cette question : on parle Micro finance partout, même Le Petit Quotidien de mon fils. Pourquoi le grand public n’y a pas accès ? Il donne à MSF, ACF, MDM, WWF, CICR…il donne c’est sûr, on le marketing, on le mailing et ça marche, « mais, je veux aider le micro crédit dans le sud », presque rien, le vide ou presque, si ce n’est l’incontournable Jacques, à peine plus ! Incroyable, pourtant ce truc est génial : l’autosuffisance pas l’assistance, l’entreprenariat local, la création vertueuse de richesse, la sortie de la pauvreté, l’abolition de l’esclavagisme des usuriers, Yunus prix Nobel, la reconnaissance des emprunteurs, la main qui prête n’est plus au dessus de la main qui reçoit…

Et les institutionnels qui n’accélèrent toujours pas – nous ne sommes pas Jacques, il est partout – ils veulent des garanties, on est en France. Ils disent oui mais le comité dit non, « désolé, non, même pas désolé ». Mais ça bourgeonne enfin, les encours montent, les projets pays se développent, et l’institutionnel enfin : Crédit COOPERATIF, NATIXIS adorables, ils suivent !

Je ne lis jamais Courrier International, pas le temps, pas fini l’Equipe ! Je l’ouvre ce jour là, juin 2006, « un site Internet révolutionnaire aux USA, les internautes peuvent prêter à des bénéficiaires de micro crédit dans les pays du sud, 400 000 dollars collectés, premiers succès » c’est dit, voila l’OUTIL pour le grand public. C’est écrit, l’internaute peut parrainer le bénéficiaire de son choix par Internet. Ca n’est plus anonyme, l’internaute lui prête et ne lui donne pas, fini l‘assistance, l’aide se perpétue dans le temps, le prélèvement carte bleu fait le reste. Enfants du Mékong version prêt et Internet ; ENORME !!!

Je cours chez ACTED, ma trouvaille en tête « il faut le faire pour nous, ch’sais pas, OXUS Direct !! On est sur le terrain, on est des pros du micro crédit » facile à dire, facile à faire, pas de réponses. On est aussi potes avec OCTO technologie, la boite de services informatiques avec qui nous co-développons notre logiciel de suivi de crédits, OCTOPUS. Mail Immédiat, « Pierre, ce truc, difficile à faire pour toi ? – non fastoche !! » Dix lignes d’explication, facile…On tient un truc, je re-cours chez ACTED « C’est quoi ce gadget ? Intéressant oui, mais Les institutionnels, le terrain, les encours, peut être, un jour, on verra… »

Le jour de l’évidence : le truc américain cartonne, ACTED en convient, début 2007. « On devrait peut être regarder, Arnaud vas-y ». Entre temps, j’ai crée ma boite fin 2006, un family office qui accompagne quelques chefs d’entreprise, je reste aussi micro crédits, toujours OXUS, je lève du cash pour eux : les premiers investisseurs privés, des fonds propres. Sur le terrain c’est dur mais ça avance, 5 000 000 d’encours, 20 000 clients, des coups durs ? Ils les gèrent, ça passe…premier pays bénéficiaire. Oui, il faut être bénéficiaire pour perdurer et aider plus de bénéficiaires, une évidence ? pas en France.

« On devrait peut être regarder pour le site » je regarde. Banque de France, AMF « c’est de l’épargne ce truc ? De l’appel public à l’épargne même ? Vous vous prenez pour une banque ou quoi ? Pas gagné !! ». On tente le coup, on ne sait pas quoi demander, du prêt sous sein privé sur Internet ? Totalement Suicidaire. Des obligations, des mini créances ? Peut être. Isa, l’avocate, nous aide, on dégrossit, on rencontre les instances, « heu, pardon, en fait, on voudrait du prêt sous seing privé par Internet » et la réponse arrive après quelques mois, c’est sûr c’est non, c’est oui !!!

On avance, on pense le modèle, combien ça coûte, « cher », on cherche les sous on trouve, merci Pierre, BRED nous suit, ACTED aussi, re merci Fred et Marie Pierre. Je casse ma tirelire, Crédit COOPERATIF aussi en plus de quelques privés : on crée la boite. Une boite ? Scandale ? C’est de l’humanitaire ! On assume, l’AMF nous l’a recommandé au départ, on le fait. Après tout, pourquoi pas, rien de dégradant ? Pourquoi une boite pour vendre du soutien gorge et pas pour faire du soutien à la pauvreté ? L’entreprenariat humanitaire, tout simplement.

Avec qui ? Je connais Aurélie depuis la banque, stagiaire au développement durable, entrepreneuse dans l’âme. Elle a bossé dans le micro crédit mais voulait crée des « wash bars »…On la fait entrer chez OXUS, elle fait un Bébé et rentre de congés mat quand je lance, banco, on est partis…ABC Micro Finance est créée. « OXUS Direct » est sur les rails…l’équipe suit : quatre personnes, bientôt six.

Ce n’est pas un nom « OXUS Direct », le projet n’est plus exclusivement pour OXUS mais pour toutes les institutions de micro finance qui le veulent, faut trouver un vrai nom, on trouve pas !! Nous sommes en avril 2008, parmi les 10 000 institutions de micro finance du monde, et leurs 150 millions de bénéficiaires, OXUS Poursuit son développement, 5 pays, 9 000 000 de dollars d’encours, 25 000 bénéficiaires. Aurélie écoute son Ipod, me téléphone, « pour le nom, un lieu de ville, cosmopolite ou les internautes prêteurs se rencontreraient, ça pourrait être cool, non ? Là par exemple, j’écoute Babylone Circus » – connais pas – BABYLOAN est né !!!!

Billet précédent Billet sivant

Vous Pourriez Aimer

Pas de Commentaires

Laisser un commentaire


*