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Les dérives de la microfinance indienne

Dans le cadre du mois de l’Économie Sociale et Solidaire, Babyloan vous propose une série d’articles sur les nouveaux modèles économiques.

L’Andhra Pradesh – Source: Wikipedia Commons

Tout d’abord, un petit rappel de la situation. Le secteur de la microfinance connaît une crise sans précédent en Inde. Pourquoi ? Parce que plusieurs paysans  de l’état d’Andhra Pradesh (au sud de l’Inde) se sont suicidés au cours des derniers mois, sous la pression, semble t-il (les vagues de suicides existent depuis de nombreuses années dans les campagnes indiennes et les causes en sont malheureusement bien souvent multiples), du surendettement. D’autres se sont révoltés face aux fortes pressions exercées pas les agents de crédit de l’institution de micro finance SKS, à peine introduite en bourse…

Pour étendre leur activité, certaines institutions de microfinance peu regardantes, proposent à leur bénéficiaires des crédits à la consommation. Or, les microcrédits accordés doivent pour l’essentiel servir au développement d’une activité économique, qui permet à l’emprunteur de générer des revenus et donc de rembourser son emprunt. Dans l’Andhra Pradesh, nombre d’emprunteurs n’ont pas hésité à solliciter plusieurs micro-crédits à usage professionnel et personnel, accumulant des dettes. Surendettées, de  nombreuses familles ne peuvent pas rembourser à temps et certaines se tournent vers d’autres micro-crédits pour rembourser les premiers….

Face à la crise, les autorités locales ont commencé par bloquer les procédures « musclées » de recouvrement des agents de crédit des IMF, qui ont eu les conséquences dramatiques que nous connaissons. Certains politiciens vont même jusqu’à demander aux habitants de la région de ne plus rembourser leurs prêts, accusant les taux d’intérêts élevés des institutions de microfinance indiennes et leur reprochant de plonger les indiens dans la crise.

Les conséquences pour le secteur sont importantes, l’exposant à une crise de liquidité et à une sérieuse remise en cause.

La crise de liquidité arrive quand les emprunteurs ne remboursent pas l’institution de microfinance. Cette dernière doit également rembourser à ses créditeurs (banques publiques, banques privées…), et se voit obligée d’augmenter ses taux d’intérêts ou de trouver d’autres financements. Ces institutions se retrouvent donc dans une situation périlleuse, car c’est leur existence même qui se trouve menacée.

Quoi qu’il en soit, cette situation est révélatrice des dérives de certaines institutions de microfinance, trop financiarisées et qui donnent priorité à leur croissance et à leur rentabilité sur leur objectif social. Ce phénomène fait craindre de graves répercussions négatives sur l’ensemble du secteur, y compris sur celles qui n’ont, à juste titre, pas dévié de leur rôle social.

Il s’agit là d’un sujet sensible face auquel il faut prendre un certain recul. La médiatisation des soucis de SKS ne doit pas occulter le remarquable travail délivré par la grande majorité des institutions de micro finance de par le monde. Ce focus ne doit pas avoir pour conséquence de jeter le bébé avec l’eau du bain, les conséquences en seraient encore plus dramatiques pour le développement de ce qui reste l’un des plus beaux outils de développement.

On connait les solutions. Soutenir les institutions de microfinance plus humaines. L’accompagnement des prêts est primordial, tout comme un soutien dans l’éducation,  l’hygiène, la santé…

A travers le micro-crédit solidaire, les Babyloaniens financent des petites et moyennes institutions à fort impact social, plus sensibles au bien-être de leurs bénéficiaires . En parrainant un entrepreneur sur Babyloan.org, vous aidez Babyloan à soutenir toujours plus d’entrepreneurs d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud!

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9 Commentaires

  • Répondre thomas 18 novembre 2010 à 10 h 59 min
  • Répondre RomainDesbois 25 novembre 2010 à 15 h 16 min

    Babyloan ira- t-il en Inde un jour?

  • Répondre Pauline 26 novembre 2010 à 13 h 20 min

    @RomainDesBois : Bonjour, merci de votre question. Pour y répondre en quelques mots, sachez que la réponse est non. Babyloan ne travaillera pas avec l’Inde. Pourquoi ? La banque centrale indienne ne permet pas les transferts en euro de l’Inde vers la France sur une base mensuelle.
    Concrètement, vous pourriez effectuer des prêts solidaires mais vous ne pourriez pas être remboursé, ce qui n’est pas la mécanique Babyloan.
    Ce cas n’est pas isolé, puisque les instances de régulations du Bangladesh, du Maroc ou de l’Argentine à titre d’exemple ne le permettent pas également.
    Je reste à votre disposition pour toutes précisions
    Pauline pour l’équipe Babyloan

  • Répondre Thibaut 1 décembre 2010 à 11 h 48 min

    Bonjour Babyloan!

    Peut-être avez-vous déjà croisé l’info, mais voici le lien vers un article publié par Le Monde hier:

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/11/30/aidez-la-microfinance-ne-la-tuez-pas_1446890_3232.html

    « Aidez la microfinance, ne la tuez pas! » signé par plusieurs professeurs d’économie [dont Esther Duflo], et qui revient sur la crise du secteur en Inde.

    Au plaisir et à bientôt!

    Thibaut d’Horizons Partagés

  • Répondre Le microcrédit qui pousse au suicide… « Robin de brousse 26 février 2011 à 6 h 13 min

    […] aimerez aussi Les dérives de la microfinance indienne Les limites de la microfinance Bad roads, interest rates and MFI sustainability (explication de […]

  • Répondre sauvage 21 juillet 2012 à 15 h 49 min

    pour l’INDE. Nous avons collecté des dons pour fonds de micro crédits
    à taux zero sans objectif de remboursement sinon de faire tourner ces fonds le plus longtemps possible auprès de ceux qui en ont besoin.

    Avec quel organisme indien recommanderiez vous de travailler si vous même deviez le faire?

    question vache…(sacrée bien sûr!).

    Philippe Sauvage

    lindeetlautre.canalblog.com

  • Répondre Lauram 24 juillet 2012 à 16 h 31 min

    Bonjour,
    NEED est une institution de microfinance sérieuse, mais nous ne travaillons pas avec des institutions de microfinance en Inde.
    Je vous invite aussi à consulter le site du mixmarket pour plus de renseignements : http://www.mixmarket.org/fr/

    Bonne continuation, à bientôt!
    Laura

  • Répondre Le microcrédit qui pousse au suicide… | Robin de Brousse 29 mars 2014 à 22 h 52 min

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