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Ma semaine avec Muhammad Yunus

Le prix Nobel de la paix était venu défendre le business social à Paris début février. Arnaud Poissonnier, fondateur du site de microcrédit en ligne Babyloan, l’a suivi. Journal de bord.


Mardi 2 février

Ma semaine avec Muhammad Yunus débute avec ma fille. Je la conduis à l’école, elle me demande si je rentre tôt, je lui réponds que j’ai un dîner avec le professeur Yunus. « Ah bon? », me dit-elle. « Si c’est ça, rentre à l’heure que tu veux, papa. »

Nous sommes invités par Danone Communities afin d’échanger avec le professeur. Autour de Muhammad Yunus, nous sommes neuf entrepreneurs du web en train de grignoter des clubs sandwichs et d’échanger sur la technologie au service de la lutte contre la pauvreté. Le moment est rare, les questions, essentielles.
Comment mettre les technologies au service des démunis? Pour nous répondre, l’inventeur du microcrédit nous offre une métaphore avec la lampe d’Aladin, transformant l’Iphone en bon génie…
La technologie est vertueuse sur bien des sujets, la santé par exemple. Le mobile permet de développer la consultation médicale à distance. L’enseignement aussi. Muhammad Yunus, le « banquier des pauvres », rêve d’un Ipad utilisable par les illettrés…Autour de la table, c’est l’effervescence.
On imagine la future université virtuelle, l’open-source au service de la Grameen Bank… En 2010, Muhammad Yunus veut que le social business s’étende partout dans le monde. Pour cela, il faut lever des fonds, les plateformes de peer-to-peer doivent le relayer. Il nous parle aussi d’Haïti: que faire avec le social business pour aider ce pays dévasté?

On sort de cette réunion sous le charme du charisme et du bon sens de cet homme avec une décision peut être, celle de lancer un french « creativ’ lab », centre de recherche sur les innovations au service de l’homme tel qu’il existe déjà à Berlin et Milan.

Mercredi 3 février

Yunus est invité par la Fondation Grameen Crédit Agricole. Deux cents professionnels de l’investissement et de la finance sont réunis dans une atmosphère studieuse.
Cette fondation, dotée de 50 millions d’euros, constitue l’un des plus gros programmes français de soutien à la micro-finance. Le professeur revient notamment sur le social business: un business au bénéfice des pauvres dont les bénéfices ne sont pas distribués. « Make profit, don’t take money », explique-t-il.

L’investisseur doit pouvoir récupérer ses billes, rien de plus. On connait cette définition, celle qu’il à lui-même érigée en dogme du nouveau capitalisme. La salle, comme toutes les autres, est bousculée dans ses certitudes. L’investisseur s’y fera t-il? Face à cette question qui revient sans cesse, le prix Nobel se fâche presque: « cessez de raisonner par le profit, cessez de penser l’argent comme une finalité, c’est l’homme qui est la finalité dans le social business, l’argent n’est qu’un moyen. » On se laisse convaincre avec plaisir. Mais on imagine moins tous nos « business angels » faire de même…

Jeudi 4 février

Invitation exceptionnelle au Salon des entrepreneurs. Yunus Super Star est tête d’affiche sur la façade du Palais des congrès.Nous sommes 50 entrepreneurs dits « sociaux » face à lui. Sujet du matin: encore le social business.

La veille a été lancé à Paris le Mouvement des Entrepreneurs Sociaux qui, sous la houlette des bouillonnants Jean-Marc Borello, Hugues Sibille and Co, tente de fédérer toute l’économie sociale. Gros succès et un premier pas prometteur vers une structuration de ce secteur.
Comme la veille, les questions fusent. Et un vrai débat: comment trouver des investisseurs en masse si ce social business les prive de tout retour et de toute liquidité?
Pour Muhammad Yunus, l’éducation est au coeur du changement. Son grand rendez-vous de la semaine arrive donc l’après-midi, lorsqu’il rencontre les « jeuns ». Ils sont 3000 au grand Rex…Standing ovation, quel succès! Une belle initiative de Danone.

Sur scène, Franck Riboud de Danone et Muhammad Yunus, un classique. Riboud dans ses habits de patron engagé, qui bouscule les certitudes. L’exercice d’introspection sur la vocation de l’entreprise est méritoire mais le débat de fond peu abordé.
Yunus, lui, raconte son histoire, ses sujets préférés; « comment j’ai créé le microcrédit? – Le microcrédit n’est pas en crise – les pauvres ne sont pauvres que tant qu’on ne leur donne pas les moyens d’un développement autonome – Les riches doivent financer le social business – le monde doit se repenser- la santé est prioritaire – la charité n’est pas la solution – la crise est une opportunité. »
Martin Hirsch arrive en retard, ouvre de nouvelles voies, les SMS de questions fusent dans la salle, trop peu trouvent une réponse. Wim Wenders débarque à son tour, on diffuse son court métrage sur le microcrédit en soutien à Babyloan.org, merveilleux morceau du film Huit lancé dans la soirée… Les 3000 jeunes évacuent. Sont-ils imprégnés de l’énergie de cet homme hors du commun? Difficile à dire. Et déjà c’est reparti, pour l’avant première de « 8 », le film sur les objectifs du millenium.

Vendredi 5 février

Le périple parisien du Professeur touche à sa fin. Il est invité par Maria Nowak au Comptoir général. On aime cet endroit simple, authentique. 150 personnes sont là, impatientes d’entendre ce vieux couple de la micro finance (Yunus soufflera prochainement ses 70 bougies).

Maria la Française, Muhammad le Bangladais. Il a lancé le microcrédit il y a 34 ans et Maria quatre ans après lui. Ces deux là s’apprécient, ça se voit. Dans ses livres, Muhammad parle toujours de Maria, ce n’est pas un hasard. J’aime cette ambiance. Maria rappelle son engagement, annonce ses premières micro franchises et nous propose d’écouter des témoignages de bénéficiaires qui valent à eux seuls tout ce que j’ai entendu pendant la semaine. Leurs mots nous font comprendre toute la valeur humaine de l’outil.

Notre marathon s’achève. Muhammad Yunus, lui, remet ça à Londres. Mais on le sait, le professeur aime la France. Pour ceux qui l’ont raté, soyez en sûr, il reviendra bien assez vite…

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8 Commentaires

  • Répondre MEF 11 février 2010 à 22 h 12 min

    Yunus président ! Yunus président !
    Merci pour ce témoignage & vivement l’an prochain. J’espère que d’ici là les sceptiques, les jeunes et tous les autres auront osé se lancer. Plus qu’un an pour lui prouver que la France sait bouger les choses !

  • Répondre Michel 16 février 2010 à 1 h 00 min

    Votre innocence fait chaud au coeur…

    Il me semble dangereux qu’une personne comme vous puisse s’extasier et citer plusieurs fois le "social business" du joint-venture Yunus-Danone…

    Vous vous êtes fait avaler par le marketing et le "community management" de Danone.

    Créer une banque des pauvres puis une compagnie de téléphone qui finance les pauvres afin qu’ils achètent ces mêmes téléphones pour proclamer le "social business" partout dans le monde…

    Grameen Phone appartient aussi à Yunus.

    Les businesses de Yunus n’ont rien de "sociaux". Ils se tournent vers les pauvres, mais ne créént aucune nouveauté dans le capitalisme.

    Et puis Grameen Veolia, et puis Grameen Adidas, et puis Grameen Crédit Agricole, la chaine du social business ne s’arrête plus.

    Mais qu’est-ce exactement ? Ou va l’argent ?
    L’explique-t-il autrement qu’avec des images d’Epinal ?

    Comme l’avait prévu Franck Riboud, vous tombez dans le piège du prix Nobel de la Paix, du Bangladais à la bouille ronde, de la compassion et des sourires carnassiers.

    Le plus pitoyable : que vous remerciez Danone, dont c’était l’unique but :

    Vous avalez tout cru… Un peu de clairvoyance, vous le héros des temps modernes, le "social business-man". Ne devenez un vulgaire yahourt, avalé d’un trait puis jeté dans une poubelle.
    Non recyclable.

  • Répondre Arnaud 19 février 2010 à 12 h 24 min

    Bonsoir Michel

    Merci de votre commentaire. Ma grande naïveté m’a toujours fait dire qu’il valait mieux faire trois fois rien que rien du tout. Mais je me trompe peut être. Danone aura au final investi plus de 100 millions d’Euros dans des business orientés vers les pauvres…l’ardeur de leur communication peut déranger, cependant si toutes les entreprises du cac40 en faisaient autant (voir un peu plus) les sommes consacrées au développement par le privé seraient démultipliées…Vous aurez bientôt vent d’une initiative marquante en la matière…

    Sous prétexte que Danone travaille son image par ce biais, il faudrait les condamner à ne rien faire? C

  • Répondre ido olivier 9 septembre 2010 à 17 h 52 min

    je me nomme IDO je suis le coordonnateur d’une association qui intervient dans le monde rural surtout dans le cadre de formation
    j’etais ravis de passer un temps en lisant vos annonces
    je suis à la recherche de partenaire techiques ou financiers pour le lancement d’un projet en micro financement en agropastoral au burkina faso
    merci

  • Répondre ido olivier 9 septembre 2010 à 17 h 58 min

    je suis dans l’attente d’une reponse

  • Répondre ido olivier 9 septembre 2010 à 18 h 00 min

    j’ai un projet qui me tiend à coeur

  • Répondre ido olivier 9 septembre 2010 à 18 h 01 min

    je pourai attendre et je compte sur vous

  • Répondre ma gueule 2 juin 2011 à 9 h 00 min

    c’est mieux que rien du tout… mais super… Arnaud permettez moi de vous rappeler que Yunus n’est pas uniquement le visionnaire que votre monde se plaît à décrire.connaissant la microfinance, vous devriez farfouiller dans l’évolution des projets Grameen Bank au Bangladesh ces 10 dernières années. Vous y découvrirez des risques majeurs qui nous permettent de comprendre pourquoi de nombreuses voies s’élèvent contre lui. Exemple concret : l’abondon progressif du principe de prêt solidaire. les possibilités de prêt multiple. le non suivi des projets entrepris. la volonté des IMFs de prêter sans garanties…et tout ca se passe à la Grameen Bank
    Quand au social business : allez tout le monde voit qu’il ne s’agit que d’une manière efficace d’étendre le marché capitaliste jusqu’au plus pauvre des pauvres. Un bangladais sans terre « bénéficie » d’un microcrédit? il DOIT vendre des yoghourts DANONE comme projet entrepreneurial… Qui se développe ? l’entreprise ou le paysan?

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