Non classé

Reportage d’Envoyé spécial sur la microfinance

Le reportage sur le micro-crédit, diffusé dans l’émission Envoyé Spécial du 14 mai 2009 sur France 2, porte un jugement particulièrement acerbe sur le micro-crédit et ses fondateurs en Inde et au Bengladesh. En partant de cas particuliers, le reportage ternit gravement l’image de la microfinance. Il nous parait donc utile d’apporter les précisions qui suivent.

Les IMF sont-elles trop chères ?

Les IMF délivrent des micro-crédits à leurs bénéficiaires moyennant des taux d’intérêt de 15 à 40% l’an. Ce niveau élevé s’explique par différents facteurs et n’entache en rien la vocation et l’objet social des IMF : la réduction de la pauvreté.

Comme dans tout secteur, si les institutions de microfinance travaillent gratuitement, le système n’est pas viable. Si elles disparaissent, le système s’écroule et 130 000 000 de bénéficiaires et leurs familles de par le monde risquent de retomber dans la pauvreté. Il ne leur resterait alors qu’une solution : recourir aux usuriers, les banques refusant d’accorder des prêts, ce qui leur coûterait alors 100 à 300% par an (là est l’arnaque), quand ce n’est pas l’enrôlement dans de nouvelles formes d’esclavage.

Ce que les détracteurs n’évoquent pas non plus, c’est que les banques commerciales des pays en développement prêtent à ceux qu’elles considèrent comme dignes d’être leurs clients à des taux à peine moins chers que ceux du micro-crédit (de 20 à 30% moins cher tout au plus).

Par ailleurs, une IMF doit trouver l’argent qu’elle re prête à ses bénéficiaires. Elle emprunte donc, elle aussi, auprès de financeurs locaux et internationaux ce qui actuellement lui coûte entre 6 et 12%. Elle doit aussi prendre en compte dans sa facturation le coût de l’inflation qui représente un taux annuel de 5 à 10%.

En plus de ces coûts, que l’IMF ne peut que refacturer à ses clients, elle a aussi des coûts de fonctionnement importants. Pourquoi ? L’IMF délivre une multitude de petits crédits à de très nombreux bénéficiaires. Quand un banquier français passe une heure pour délivrer un crédit de 10 000€, l’agent de crédit de l’IMF va, lui, délivrer 200 crédits de 50€ sur le terrain, un temps considérable et une charge de travail 200 fois plus grande.

La banque française, une fois le crédit signé, reçoit ses remboursements tous les mois par prélèvements sur un compte. C’est simple et peu onéreux. Quant à l’agent de crédit, salarié de l’IMF, il va toutes les semaines voir ses 200 clients pour se faire rembourser 1 ou 2€, une charge et un coût colossal. Les échanges d’argent se font en cash. Le coût de la sécurité est donc élevé.

L’agent de crédit passe 20 à 40 % de son temps à former ses nouveaux bénéficiaires (gestion, comptabilité, etc.) pour qu’ils pérennisent leur activité et ne sombrent pas de nouveau dans la pauvreté. L’accompagnement social des bénéficiaires est un volet essentiel de l’activité des IMF. Elles organisent par exemple des ateliers de formation à la gestion, de sensibilisation à la santé ou encore de discussions entre femmes, favorisant l’expression en groupe et l’empowerment (renforcement des capacités). Il est trop facile de réduire la microfinance à de simples transactions financières. Pourquoi ne parle-t-on pas du BRAC, la plus grosse ONG de microfinance bangladeshie, si réputée pour son approche sociale ?

L’addition de toutes ces contraintes oblige les IMF à facturer des taux d’intérêt élevés pour couvrir leurs coûts. La microfinance coûte malheureusement très cher. Et pourtant encore aujourd’hui 90% des IMF perdent de l’argent, malgré les recommandations expresses des instances internationales de régulation de la microfinance qui les poussent à équilibrer leurs comptes pour pérenniser leur aide et ne pas disparaître.

Nous condamnons, comme il se doit, les quelques dérives qui ont pu être constatées dans le monde tels que l’on déjà fait par ailleurs Maria Nowak ou le Professeur Muhammad Yunus.

Les IMF génèrent-elles des phénomènes de surendettement contraires à leur vocation sociale ?

Les problèmes du surendettement et de la cavalerie (emprunter pour rembourser) sont des phénomènes connus depuis des années en microfinance. C’est ainsi que les pays qui ont les premiers libéralisé et permis le développement de la microfinance se retrouvent parfois en situation d’hyper concurrence avec des effets potentiellement néfastes. Quelques pays sont ainsi localement touchés par ces phénomènes. On peut notamment citer certaines zones d’Inde, du Bengladesh ou encore du Maroc.

N’oublions tout de même pas que c’est cette même concurrence qui est à l’origine de la baisse très sensible des taux ces dernières années. Les bénéficiaires Bangladeshis paieraient encore aujourd’hui des taux de 30 à 40% et non à 20% si le développement des IMF n’avait pas été aussi important. Il s’agit là d’un facteur que ces reporters ne pouvaient occulter…à moins qu’ils l’ignorent ou qu’ils aient préféré n’en point parler!

Il est cependant clair qu’au-delà de cet effet bénéfique, la concurrence peut engendrer des conséquences dangereuses. Le surendettement en est une. Des bénéficiaires sont d’autant plus sollicités par certaines IMF qu’ils ont prouvé leur solvabilité par les prêts qu’ils ont préalablement remboursé à d’autres IMF. Souvent, les nouvelles demandes de micro-crédit proviennent des bénéficiaires eux-mêmes, y compris pour des objets de consommation. Les sollicitations de certaines IMF s’étendent de fait à ces utilisations plus controversées que sont les micro-crédits personnels non assis sur le développement d’une activité professionnelle et sujets, par nature, à accentuer l’endettement de leurs bénéficiaires. Pour nous, les micro-crédits ne doivent être accordés, comme c’est généralement le cas, que pour le développement ou la création d’activités professionnelles. En aucun cas ils ne doivent être assimilés et utilisés comme des crédits à la consommation.

Mars 2009, Fès au Maroc, nous rencontrons les IMF locales. Là-bas, le micro-crédit s’est également considérablement développé, favorisé par la réglementation qui a accrédité 13 IMF ! A Fès, 5 d’entres elles sont en concurrence. Les phénomènes de surendettement et de cavalerie s’y multiplient. Preuve que ces phénomènes sont directement liés. Le taux d’impayés a sensiblement augmenté ces derniers mois atteignant près de 5% en moyenne. La concurrence n’explique pas tout, la croissance très rapide des IMF les confronte aussi à des questions de gouvernance et d’efficience qu’elles n’avaient pas imaginée au préalable. Ces exemples tendent montrer que les dérives dont nous parlons résultent plus d’une multiplication locale non contrôlée et régulée du nombre des IMF que d’une transformation de celles-ci en monstres d’un nouveau genre.

Ces phénomènes sont-ils généralisés ? En aucun cas. En un saut de puce, autre pays, autres mœurs : la Tunisie. Ici point de concurrence, point de cavalerie ni de surendettement, une seule IMF agrée : Enda Inter Arabes. L’atmosphère y est sereine, le taux d’impayés quasi nul. Il est de très nombreux pays où ces dérives n’existent pas et laisser penser que certains travers de la microfinance sont une généralité est fondamentalement excessif.

Ces exemples tendent à montrer que les dérives dont nous parlons résultent plus d’une multiplication locale non contrôlée et régulée du nombre des IMF que d’une transformation de celles-ci en monstres d’un nouveau genre.

Ces quelques dérives sont connues et ne sont que le fruit d’un développement trop rapide de la microfinance dans certaines régions. Elles ne peuvent évidemment être acceptées et les conséquences qu’elles engendrent parfois ne sont pas tenables au regard des objectifs sociaux de la microfinance. Mais les solutions sont connues et ne devraient pas tarder à suivre. Quelles sont-elles ? La plus importante est la « Centrale des risques ». A partir du moment où le système organise un fichier centralisé d’emprunteurs ou de défaillants, le risque de cavalerie et de surendettement se trouve sensiblement réduit. C’est l’option retenue par les quatre plus importantes IMF marocaines, et qui devrait être généralisée à l’ensemble d’entres elles prochainement. La consolidation du marché, que beaucoup appellent de leurs vœux, devrait également contribuer à réduire ces phénomènes. Le rapprochement formel ou informel des IMF entre elles, favorisant l’échange d’informations et la rationalisation des process, pourrait limiter ces phénomènes.

Il est tellement simpliste de condamner et de bannir la microfinance par l’exacerbation de ses défauts de jeunesse et les effets pervers de son succès dans certaines zones. Son développement doit être sans conteste plus régulé mais ne doit en aucun cas être remis en cause en tant que formidable outil de progrès social pour des centaines de millions de personnes de par le monde.

Babyloan :

Babyloan propose aux internautes de prêter gratuitement aux IMF les ressources nécessaires au financement des bénéficiaires qu’ils veulent parrainer, soit une économie de coût pour l’IMF de 6 à 12%.
Babyloan est un projet de solidarité et vieille à nouer des partenariats avec des IMF de taille moyenne, non adossées à des banques, et pour qui la vocation et l’objectif social sont des critères essentiels. Ces partenariats sont très contrôlés et soumis à des audits et des analyses de la part d’un comité de sélection composé de professionnels du secteur. De nombreuses visites sur le terrain, impromptues et régulières, confortent ces choix et garantissent la fiabilité, le sérieux et le professionnalisme de nos IMF partenaires.
Nos contrats avec les IMF partenaires prévoient par ailleurs la possibilité d’une négociation annuelle du taux qu’elles refacturent à leurs clients. Dans la mesure où nous les refinançons presque gratuitement, elles peuvent en effet baisser leur taux. Voilà l’une de nos raisons d’être, en plus de l’innovation majeure qu’est celle de la solidarité par le prêt.

Billet précédent Billet sivant

Vous Pourriez Aimer

36 Commentaires

  • Répondre Jacques Gandon 17 mai 2009 à 9 h 33 min

    Ne pas modifier ceci !

  • Répondre guy C. 17 mai 2009 à 11 h 54 min

    Bonjour et merci pour cette explication. La nature humaine ayant de grandes compétences pour détourner des procédures-process-systèmes de leur objet initial, il fallait s’attendre à ce genre de perversion. Le reportage a au moins le mérite de rappeler qu’il n’est jamais inutile d’expliquer une réalité dans tous ses aspects, glorieux ou pas, afin d’entretenir une confiance et un respect indispensables à l’aide humanitaire. Bravo pour ce que vous faites.

  • Répondre edwige.p 17 mai 2009 à 12 h 15 min

    je n’avais pas vu le reportage, mais vos explications tendent à me rassurer. Votre vigilance est absolument nécessaire. cordialement

  • Répondre alec 17 mai 2009 à 15 h 12 min

    Bonjour,

    Merci pour ces précisions. Cependant je ne suis pas certain de bien saisir cette phrase:

    "[..] elles peuvent en effet baisser leur taux[…]"

    Une question:
    Babyloan a t il les moyens et la capacité de contrainde les IMF financées à maintenir un niveau de taux bas/raisonnable.

    Si oui, comment?
    Si non, pourquoi?

    Cordialement,

  • Répondre diener 17 mai 2009 à 15 h 40 min

    Je suis tout-à-fait d’accord avec les réponses de Babyloan.
    Il me semble que les journalistes d’Envoyé Spécial ont voulu faire du sensationnel: fin sur les décès dramatiques.
    Où était l’aspect solidaire dans les prêts accordés aux trois personnes qui se sont suicidées: le mariage, et non la libre association de femmes, comme cela est expliqué dans le début du reportage, et qui est pour moi l’essentiel de la "méthode Yunus".
    A Nice, nous travaillons sur la modélisation mathématique de cette nouvelle manière de gérer le "risque de défaut".
    Si quelqu’un a enregistré cette émission je serais ravis d’en avoir une copie. Savez-vous si on peut la revoir et la télécharger?

  • Répondre anicroche 17 mai 2009 à 16 h 02 min

    D’accord, le reportage montré par FR2 n’était pas complet … mais il a eu le mérite d’attirer l’attention sur cette question. Toutes les IMF ne se valent sans doute pas et il y en a certainement de plus valables que d’autres !
    J’ai néanmoins été TRES étonnée de lire dans votre réponse à l’émission que les IMF avec lesquelles vous collaborez demandent – elles aussi – des taux d’intérêts qui me semblent exorbitants : 30 à 40 % (même 20%, déjà) !
    Bien sûr, le démarchage auprès des personnes intéressées doit coûter cher, mais vous n’avez pas non plus (contrairement aux institutions financières traditionnelles) de gros frais de "représentation" (agences, relationnel, …).
    Je pensais sincèrement que vos frais étaient couverts par le prélèvement de 1

  • Répondre Marta 17 mai 2009 à 18 h 19 min

    Après la douche froide de l’émission, une desagreablement tiède de votre réponse… Les taux pratiqués dans ses ouvres à vocation soi-disons"sociale" sont scadaleux, encore plus car ils s’appliquer à des pauvres et je ne comprends pas comment vous pouver ne pas vous en révolter!
    Je ne nie pas vos bons intentions, mais franchaiment le système semble être bien pourri…Même si l’idée est géniale à la base, elle a été pervertis par ceux, qui veulent comme d’habitude en faire du buissness… Personellement je pense qu’il est plus judicieux de passer par des organisations charitatives, non-profit, dont c’est juste l’une des activités supplémentaire… c’est ce que je ferrais désormais.
    Marta

  • Répondre Jean-Séraphim 17 mai 2009 à 19 h 38 min

    Pour moi, le micro-crédit est un outil. Si je prends un marteau par exemple, je peux aussi bien m’en servir pour construire une maison mais je peux également m’en servir pour tuer quelqu’un. Il est "débile" de critiquer un marteau tout comme il est "débile" de critiquer le micro-crédit. On ne peux pas dire qu’on est "pour" ou "contre" un marteau… idem pour le micro-crédit. Il faut se focaliser sur son usage; Si le micro-crédit aide au développement des populations du sud en leur donnant un accès au système financier (emprunt + épargne) et en les accompagnant pour que leurs projets d’entreprenariat se réalisent, je suis pour ! Si cet esprit est détourné (prêt à la consommation camouflé), je le suis moins…. ça se comprend.

    Je pense que le micro-crédit est vraiment complémentaire du don, il ne faut pas oublier que le don est également un outil, si il est utilisé de façon arrogante il n

  • Répondre jeanne 17 mai 2009 à 19 h 55 min

    lors de ma dernière visites sur le site Babyloan il y a environ 15 jours à 3 semaines, j’ai constaté que 2 projets proposés relevaient de ce que l’on qualifiait dans l’émission de dérive, c’est à dire de "crédit à la consommation" : il s’agissait certes de financer une activité économique mais aussi le mariage d’un enfant…

  • Répondre anelore 17 mai 2009 à 21 h 37 min

    Pour ceux qui veulent voir ou revoir l’emission:
    http://www.dailymotion.com/video...

    et la 2eme partie:
    http://www.dailymotion.com/video...

    Et pour ceux qui s’exclament que les taux d’interet sont trop eleves, lisez cela:
    http://www.cgap.org/gm/document-...

    et surtout regardez aussi les taux d’interets bancaires pour des prets courte duree dans ce meme pays (en general, le plus comparable est le taux de la carte de crédit).

    Enfin, bravo à Babyloan pour ses réactions. Il est évident qu’Envoye Special a voulu faire du "sensationnel".
    Dommage qu’une emission si respectable n’ait pas su au moins introduire d’une petite phrase du genre "Avec tous les éloges que recoit la microfinance, nous avons choisi de vous montrer un autre point de vue: quelles peuvent etre les possibles derives du microcredit?"
    Ca aurait tout change a l’impression generale laissee au spectateur.

  • Répondre natalie michel 17 mai 2009 à 22 h 41 min

    Je suis tres surprise par les taux appliques sur les projets. Nulle part dans votre site, ces taux n’etaient specifies. Je comprends effectivement les charges importantes de demarchage, neanmoins, il me semblerait que Babyloan a un role a jouer pour ne s’engager que sur des projets dont les taux sont limites a 10 ou 15%. Je crois aussi que ces frais devraient etre couverts dnas la demarche caritative. Pour moi, financer ces interets supplementaires est tout a fait gerable, pour ces familles dans le besoin, pas forcement. Au final, il est clair que je ne cherche pas a "rentrer dans mes frais", mais bien a aider les autres dans une demarche que je trouve positive et constructive.

  • Répondre Krousarkhmer 18 mai 2009 à 5 h 22 min

    Ne pas modifier ceci !

  • Répondre Krousarkhmer 18 mai 2009 à 5 h 28 min

    Pour quelle raisons ais-je été censuré?????dans mon commentaire…précédent.

    Vos pratiques sont scandaleuse,et …je ne manquerais pas de retirer mes billes à l’avenir.

    A bon entendeur!!!!!!

  • Répondre Jean-Séraphim 18 mai 2009 à 8 h 33 min

    Pour Krousarkhmer;

    je ne pense pas qu’il s’agisse de censure, j’ai également du m’y prendre à deux fois pour que mon message apparaisse…

    la technique a aussi ces faiblesses, c’est un peu facile de mettre tout de suite la confiance de l’homme en doute…

  • Répondre Margaux de Babyloan 18 mai 2009 à 11 h 18 min

    Bonjour Natalie Michel

    Merci pour votre réaction. Sur chaque fiche "projet", vous trouvez en fait un lien vers une page de présentation du partenaire terrain. Sur cette page, vous prenez connaissance du taux d’intérêt pratiqué par chaque IMF. En voici un exemple:

    http://www.babyloan.org/fr/Insti...

    D’autre part, nous avons pensé proposer aux internautes de participer aux frais payés par les bénéficiaires, mais nous ne sommes qu’une ligne de financement parmi tant d’autres pour les IMF donc prendre en charge les intérêts de certains bénéficiaires alors que tous les autres les payent eux-mêmes constituerait une forte injustice.

    Notre objectif à terme est de pousser les IMF à réduire leurs taux en leur fournissant une source de financement peu chère mais nous ne pouvons pour l’instant et à notre échelle que les y inciter. Si les IMF pratiquent ces taux, c’est uniquement pour rester viables. Elles collectent souvent et par ailleurs l

  • Répondre Margaux de Babyloan 18 mai 2009 à 11 h 20 min

    Bonjour Jeanne,

    L

  • Répondre Arnaud de Babyloan 18 mai 2009 à 11 h 35 min

    Bonjour à tous

    Merci à tous de vos contributions sur la tribune que nous avons publiée. Nous sommes ravis de vous permettre de participer à ce débat. La microfinance est un sujet complexe et nous avons pris le parti de la transparence et de l

  • Répondre nicolas 18 mai 2009 à 11 h 37 min

    merci à Babyloan pour ces réponses, il faut à tout pris lutter contre les infos "sentationnelles" et continuer à communiquer sur le fond…

  • Répondre Jean-Séraphim 18 mai 2009 à 12 h 44 min

    Bonjour Babyloan;

    n’avez pas moyen de faire valoir un droit de réponse à ce reportage?

    Merci et bonne continuation;

  • Répondre Tikomoon 18 mai 2009 à 21 h 07 min

    Bonjour Babyloan,

    Merci pour ces précisions qui semblent vraiment nécessaire tant ce reportage ne permet pas d’avoir une vision objective du micro crédit.

    Arrêtez moi si je me trompe, si j’ai bien compris le principe Babyloan permet d’apporter des financements à 3% voir 4% au lieu des 6 à 12% sur le circuit de financement habituel.

    Pour qu’une IMF répercute sur les bénéficiaires il faut que le volume de financement de babyloan soit significatif

    Pour moi une conclusion s’impose :
    Plus on prête sur Babyloan et plus on peut espérer une baisse des taux ou de voir les IMF développer des projets sociaux.

  • Répondre Julien 18 mai 2009 à 22 h 45 min

    Bonjour,

    J’ai la chance de travailler dans une institution de microfinance dans le sud-ouest de la Colombie. J’aimerais aller dans le sens d’Arnaud Poissonier en apportant un témoignage de terrain.

    Tout d’abord, oui, il existe des gens qui travaillent mal. Oui, il existe des escrocs sans vergogne qui s’enrichiront sur le dos des plus pauvres, oui, il y a des gens mauvais. Représentent-ils une majorité ? Je n’espère pas.

    La petite ONG dans laquelle je travaille compte 15000 clients. Tous sont micro-entrepreneurs. 80% d’entre eux sont agriculteurs, éleveurs, ou micro-entrepreneurs en zone rurale (C’est à dire oubliés des politiques nationales, sans accès aux services financiers, sans accès à la technologie). Nous refusons d’avoir pour clients les employés, les fonctionnaires, qui soliciteraient un crédit pour un acheter un plasma ou un nouvel autoradio.
    Notre objectif est d’aider un micro à développer ses activités. Et contrairement à ce qui a été dit, un crédit peu générer des revenus. Un crédit permet d’acheter plus de matières premières. Un crédit permet d’acheter des engrais ou intrants pour une production agricole, un crédit permet d’améliorer la technique d’élevage. Un crédit ne fait pas tout, mais il peut aider.

    Un crédit peut faire très mal aussi ! C’est notre responsabilité de ne pas endetter un client à un niveau qu’il ne pourra supporter. Quand un client se trouve en défaut de paiement, c’est notre faute, nous n’avons pas su évaluer sa capacité de paiement. Tous les employés de l’institution en sont conscients et ceci est répété à longueur d’année. Nous avons une mission sociale et un client qui se retrouve en difficulté de paiement représente un échec dans l’accomplissement de notre mission. Dans le sud de la Colombie, comme sûrement dans d’autres régions, les banques "traditionnelles" ont compris (ou ont l’obligation par leur hiérarchie) qu’il était bon pour leur rapport sur la resp. Sociale de faire du microcrédit. De plus, la concurrence encourage à explorer les nouveaux segments de clientèle. Et sans méthodologie, sans expérience, des banques viennent faire du crédit à des vendeurs du marché, à des artisans etc etc… Certains d’entre eux sont nos clients. Après étude de crédit du client, nous ne pouvions leur proposer plus d’1 million de Pesos (300 euros). Les banques arrivent et proposent directement 10 millions de Pesos (et bien oui, il y a des objectifs à remplir, donc on alloue du crédit aux pauvres…). Ces clients se retrouvent dans la totale incapacité de rembourser le crédit qques mois plus tard… Donc oui, il existe des brigands qui font très mal, mais, au moins sur le marché que nous côtoyons, ils ne sont pas majoritaires.

    Les taux d’intérêts: Oui Babyloan prête pas cher. Dans notre cas, nous nous endettons sur le marché local et international auprès d’investisseurs socialement responsables. Cet argent n’est pas gratuit. Nous devons donc facturer à nos clients ce coût financier (compter 15 à 17% à décembre dernier). Nous devons couvrir nos coûts opérationnels. Quand notre agent de crédit se rend dans les zones rurales les plus reculés, à pied, à cheval, à moto, en 4×4… cela a un coût. Nous payons nos employés de façon décente car cela fait partie de notre mission également d’être un exemple en tant qu’employeur. Les coûts opérationnels sont non négligeables et relativement plus élevé qu’un crédit classique. A titre de comparaison, un bouteille de Coca Cola de 50cl ne coûte pas le quart du prix qu’une bouteille de deux litres (et cela n’offusque personne). Les économies d’échelle ont aussi du sens dans le crédit. Enfin, des coûts de provision sont à ajouter (nous provisionnons une part de portefeuille de crédit en fonction du risque de défaut de celui-ci). Ainsi, nous arrivons sans soucis à 28-30% de coût du crédit. Et nous sommes très très vigilants sur nos dépenses.

    La microfinance est un milieu passionnant au sein duquel se cache quelques renards qui ne méritent pas un reportage aussi long. C’est un milieu très transparent ou les recherches et les échanges d’expériences sont prolifiques. La microfinance ne révolutionnera pas le monde, il est juste un outils efficace auprès d’une population en particulier. Des progrès sont encore à apporter, des politiques et régulations sont encore à faire évoluer mais il serait dommage de jeter le bébé avec l’eau du bain.

    Enfin pour finir, je vous encourage tous à venir en Colombie. C’est un pays magique avec un peuple attirant et remarquable. Ne pas se fier à l’image que les médias en donnent (drogue, narcos et guerillas- La drogue colombienne se trouve plus facilement dans les beaux quartiers de Paris qu’ici). Vous passerez un moment inoubliable.

    Amicalement,

    Julien

  • Répondre Jori 18 mai 2009 à 23 h 54 min

    Bravo à Babyloan en tout cas pour son initiative! Si je peux compléter un peu, on se souviendra également que bien souvent dans les pays pauvres, l’inflation est également galopante. Il n’est pas rare de trouver une inflation à 10% sur un an. Résultat, un crédit à un taux d’intérêt de 10% est en fait un crédit à prix coûtant, ou presque.

    Les personnes qui demandent un crédit ne font pas la charité, certaines d’entre elles sont même fières, et ne veulent pas qu’on leur donne quoique ce soit. Elles préfèrent rembourser ce qu’on leur prête, c’est magnifique et ça change un peu de notre pays d’assistés.

  • Répondre Tikomoon 19 mai 2009 à 0 h 17 min

    Bonjour Julien,

    Merci de ton témoignage de terrain qui conforte mon opinion sur le microcrédit.

    J’ai bien aimé également ta comparaison crédit et bouteille de soda hyper connue.

    Je viens de voir que planetFinance propose un sujet sur les taux d’intérêt en microfinance comme débat du mois.

    blog.planetfinancegroup.o…

    Et finalement, j’aurais une question, lorsqu’une IMF respectueuse fait des bénéfices comment l’investit-elle?

  • Répondre Julien 19 mai 2009 à 0 h 47 min

    Pour répondre à Tikomoon:
    Les excédents. Etant une ONG, nous ne reversons pas de dividendes à des actionnaires. Tout est "réinvesti". En Gros, tu fais monter ton patrimoine.
    Comment ça se traduit ? Tu ouvres de nouvelles agences, tu te payes le luxe de la connectivité des agences à la maison mère (permettant ainsi un travail plus efficace, plus sûr et réduire in fine les coûts). La croissance t’impose également d’avoir des coûts supplémentaires: Contrôle Interne, Ressources Humaines… puis développement ou acquisition d’un système d’information adapté à ta croissance… Mais bon, on n’a pas non plus des millions à dépenser !

  • Répondre Jean-Séraphim 19 mai 2009 à 8 h 57 min

    Bonjour;

    Ca fait plaisir de voir que même sur le blog de France 2 des personnes s’indignent de ce reportage présenté comme une "Enquête"…

    Merci beaucoup Julien pour ton témoignage, qui pour moi a beaucoup plus de valeur qu’un reportage… ce serait pas mal que tu puisses le poster sur le blog de France 2; on ne sait jamais, ça peut donner envie aux journalistes de France 2 d’aller en Colombie…

    forums.france2.fr/france2…

    Merci

  • Répondre yoyo 19 mai 2009 à 9 h 47 min

    Ne pas modifier ceci !

  • Répondre bruno A. 19 mai 2009 à 10 h 41 min

    Je suis heureux que vous ayez répondu avec force mais suis aussi inquiet de votre réaction à cet article. Le débat qui est présenté est un débat de "logique financière" et démontre que des organismes, voyant que le micro-crédit peut leur permettre de faire des profits, entrent dans le jeu.

    La logique financière du prêt a démontrée son incapacité au développement (voir les investissements de"bonne volonté" de la banque mondiale qui débouchent sur un appauvrissmenent et non un enrichissement des plus pauvres).

    Mohamad YUNUS a cassé cette logique, en mettant au point un système de prêt fondé sur la confiance et le développement humain. C’est cette confiance qui, par réaction, créée un taux de remboursement élevé des micro-crédits et donc une indépendance financière de la Gramen Bank. Cette indépendance financière lui permet de prêter plus et en fait une solution long terme forte.

    Mais le point clef est la confiance dans la capacité d’un humain à créer des richesses pour lui et sa famille, PAS SA CAPACITE FINANCIERE A REMBOURSER.

    La logique financière doit être exclue du raisonnement car elle entraîne automatiquement une attitude anti-confiance. Et les organismes centraux, que vous semblez supporter, rassemblant les noms des gens qui n’ont pas réussi leur premier business va dans LE MAUVAIS SENS. Il s’agit d’une logique financiére PAS D’UNE LOGIQUE DE CONFIANCE).

    Essayez de lancer votre propre société en Europe et vérifiez combien réussissent la première fois !!! Plus simplement, combien de nous avons réussi à tenir un régime assez longtemps pour qu’il devienne une nouvelle santé de vie ??? C’est pourquoi les programmes d’acompagnement et clubs d’échanges sont si importants.

    Je propose donc:

    1- Que le micro-crédit ne soit accepté que pour les "social-business" acceptant et étant gérés par les règles "social-business" (sociétés jugées sur des résultats sociaux)- voir le nouveau livre de YUNUS en 2008.

    2 – qu’une autorité internationale extérieure au micro-crédit donne un label de "bonne logique et bonne conduite" à tous les organismes proposant du micro-crédit. But: Bloquer les gens qui créént des banques de micro-crédit dans un objectif de profit.

    EQUILIBRE FINANCIER POUR INDEPENDANCE OUI; OBJECTIF ET LOGIQUE FINANCIERE NON; OBJECTIF 100% SOCIAL ESSENTIEL.

    Mais je sais que Babyloan essaye d’agir dans une logique et pour des objectifs sociaux. Continuez, défendez vos actions et FAITES CONFIANCE AUX HOMMES ET AUX FEMMES DE BONNE VOLONTE. Ils / elles peuvent faire des miracles avec peu d’argent ; Soyons humble, et apprenons à faire de même.

    Salut

    Bruno

  • Répondre yoy 19 mai 2009 à 11 h 34 min

    Tout a fait d’accord avec bruno A. concernant la nature juridique des IMF (social business). Il est déjà navrant que ce soit exclusivement aux pauvres de financer eux même le dispositif nécessaire à l’amélioration de leur condition de vie, à leur réinsertion (principe d’autonomie financière des structures)…ca serait scandaleux que le microcrédit serve en plus de ça, à enrichir des riches riches.

    Il est nécessaire de statuer sur une définition clair et précise du microcrédit et de ses objectifs pour éviter les abus et les récupérations.

  • Répondre jeanne 20 mai 2009 à 5 h 55 min

    Bonjour, certains messages ne s’affichent pas sur le blog: c’est le cas lorsque l’on demande à les prévisualiser avant de les envoyer.
    Jeanne à Margaux de Babyloan : voici les situations que j’évoquais dans mon message précédant, où comme vous le dites, l’utilisation de l’argent est mis en avant au même titre que le projet économique : Hoa Quang Sinh que vous aviez repéré, Nasiba du tadjikistan, et Abdujalil Ergashev. bien entendu, je n’ai pas examiné tous les profils.

  • Répondre Arvind Ashta 20 mai 2009 à 15 h 13 min

    We have tried everything from giving aid in cash, to aid in kind, and it hasn

  • Répondre Georges 21 mai 2009 à 12 h 45 min

    Bonjour,

    il serait plus juste d’afficher en meme temps que la description du financement le taux auquel sera soumis l’emprunteur. De meme il faudrait donner le choix au preteur de payer les interets pour l’emprunteur de facon a ce que le taux revienne a 0% pour l’emprunteur.

  • Répondre Henri 9 juin 2009 à 17 h 52 min

    Bonjour,

    Ce reportage met l’accent sur une dérive du microcrédit. C’est la rançon du succès de la microfinance. En 2000, 15 millions de personnes étaient concernées. 9 ans après ce sont 150 millions de personnes. Les besoins à satisfaire sont de l’ordre de 1,5 milliard de personnes.

    A ce jour 10 000 institutions de microfinance sont recensées. Seules moins de 400 d’entres elles possèdent un équilibre financier sans apport de financement public.
    Certaines d’entre elles subissent la pression d’investisseurs privés qui veulent des rendements élevés. Des banques proposent même des fonds d’investissement en microfinance.

    Pour en savoir plus, je vous invite à lire le numéro 197 du 1er trimestre 2009 de la revue Tiers Monde "La microfinance est-elle socialement responsable ?" ouvrage très compréhensible et écrit par des experts.

    Cordialement

  • Répondre LUDOVIC 25 juillet 2009 à 9 h 52 min

    Bonjour
    je partage complètement les opinions de BABYLOAN sur le microcredit, mais comme toute activité elle peut être sujette à des dérives d’où l’intérêt de la transparence et de la clarté . j’ai été moi même bénévole pour une association de micro crédit en France, et j’en suis parti car je n’étais pas entièrement d’accord avec l’octroi des prêts ( la manière dont c’était accordé et les bénéficiaires). Clairement, l’ong avait des fonds, donc il fallait prêter et on pouvait avoir un doute sur les besoins de certains emprunteurs il y à clairement dérive et c’est dommage car le micro credit répond vraiment à un besoin réel .

  • Répondre py 22 août 2009 à 15 h 33 min

    Bonjour,pour aller dans le sens de babyloan et remettre en cause les journalistes détracteurs d’envoyé spécial,

    Je crois qu’il existe 2 priorités pour l’ensemble de ces institutions/organisations avec un caractère parfois antinomique :

    – donner accès à un public le plus large possible aux sources de financements leur faisant défaut avec l’objectif de création d’une activité génératrice de revenus.

    – Assurer la pérennité de l’organisation, à fortiori lorsque la structure récolte l’épargne de ses clients/bénéficiaires.

    Pourquoi antinomique ? L’intérêt de la structure n’est pas toujours le même que l’intérêt des clients. Il est évident qu’afin d’assurer sa pérennité, l’organisme de microcrédit doit dégager des ressources permettant de compenser ses coûts (accès aux lignes de fonds, charges externes, charges de personnel,…).

    Ses ressources proviennent de dons, de subventions, ou des excédents sur l’activité. Ces excédents accumulés sur les exercices antérieurs provenant des intérêts et des différents frais/commissions afférentes aux frais octroyés.

    A partir du moment où l’on souhaite une indépendance vis à vis des financeurs publics (financements variables selon changements de majorité politique aux niveaux de l’état mais aussi des CR, CG,…), une seule solution : augmenter le coût pour le client d’accès au financement. Le taux ne peut donc pas être remis en cause à partir du moment où l’on parle bien de NGO.

    Il me semble qu’un des gages de respectabilité des IMF résident dans leur statut juridique.

    Dès lors qu’il s’agit de société à but lucratif avec redistribution de dividendes, on peut en effet avoir quelques interrogations sur le caractère optimal de l’utilisation de la Capacité d’autofinancement de la structure.
    En jetant un

  • Répondre Marc 14 octobre 2009 à 17 h 42 min

    Les taux évoqués peuvent instinctivement sembler proches du taux d’usure, mais le microcrédit reste avant tout un outil où la prise de risque est réelle. Mais même en tenant compte de cet aspect, les prêts en questions sont formidablement efficaces pour permettre de s’en sortir. Et l’inflation mondiale tendant à se résorber, les chances de s’en sortir augmentent.

  • Répondre pierre 12 janvier 2010 à 22 h 19 min

    A ce jour 10 000 institutions de microfinance sont recensées dans le monde.

    Elles ont un équilibre financier assez fragile.

  • Laisser un commentaire


    *