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Religion et microcrédit : toujours incompatibles?

Cet article nous est proposé par Laurence Attuel-Mendès du Groupe ESC Dijon Bourgogne que nous remercions pour sa contribution.

Dans la lignée des travaux de Max Weber, la relation entre les deux sphères religieuses et économiques est toujours d’actualité. En effet, en raison de la crise mondiale parmi d’autres phénomènes, le microcrédit est devenu une possibilité de sortir de la pauvreté en évitant d’avoir recours à la solidarité tout en étant créateur de sa propre richesse.

Néanmoins, des taux d’intérêts élevés sont pratiqués. Parallèlement, la crise alimente la montée des communautarismes et du religieux et partant la crainte d’un frein au microcrédit, même si leurs buts sont similaires. Comment concilier les impératifs de justice et ces forts taux d’intérêt? La religion est-elle compatible avec le microcrédit? Le dialogue entre économie et religions est-il toujours un « dialogue de sourds »?

La prohibition de l’usure posée par les différentes religions repose sur des principes similaires de protection des populations faibles contre elles-mêmes et contre les puissants. Elles divergent principalement quant à leur évolution et leurs interprétations. La prohibition des taux d’intérêt élevés est devenue une pratique plus religieuse, voire politique* qu’économique, avec le maintien de la prédominance de la volonté charitable qui ne constitue donc pas une incompatibilité en pratique. Le rapprochement revient même à l’ordre du jour si l’on en croit le très officiel quotidien du Vatican qui vante les avantages d’un système fondé sur les principes de la religion musulmane dans un article du 4 mars 2009 intitulé « Dalla finanza islamica proposte et idee per l’Occidente in crisi » (idées et propositions de la finance islamique pour l’Occident en crise).

Les principes des religions monothéistes ne constituent au final pas un obstacle absolu au microcrédit, même si pour l’Islam certains ajustements peuvent devoir s’imposer.
L’objectif charitable est prédominant, ce qui permet de conclure à l’absence d’incompatibilité subsistante. Un obstacle qui aurait pu apparaître comme un frein au développement disparaît donc et laisse entrevoir le caractère pérenne du microcrédit.

Une nouvelle question peut alors se poser, celle de la place des femmes dans la religion par rapport à celle dans le microcrédit**. En effet, on peut constater une ambivalence de l’Église, toujours écartelée entre un désir d’équivalence des sexes et une volonté d’assujettir les femmes. Le débat religieux n’est donc toujours pas clos.

*La question ne se pose plus relativement aux États, sauf ceux islamiques tels que l’Iran, mais par rapport aux IMF qui sont parfois gérées par des communautés religieuses.

**Les femmes sont les premières à recourir au microcrédit dans le monde : plus de 75% selon www.planetfinance.org.

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