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Une Babyloanienne sur le terrain au Vietnam

Il ne s’agit pas d’assistance, mais de solidarité. Il s’agit de croire en quelqu’un et de lui faire confiance. Il ne s’agit pas d’avoir pitié ou de se donner bonne conscience parce qu’on est riche, il ne s’agit pas d’être une victime parce qu’on est pauvre. Il s’agit d’être responsable, pour celui qui prête comme pour celui qui reçoit, même si on n’a rien en commun, même si on ne se rencontrera jamais. Parfois quand même, un admirable hasard fait que deux vies qui se sont influencées virtuellement, se croisent réellement. C’est ainsi que Monique Amar a pu rencontrer dans les campagnes d’Hanoi les entrepreneuses qu’elle a soutenues sur le site de Babyloan.

En ce qui me concerne, je suis au Vietnam pour peu de temps, et j’aide SEDA – l’Institution de Micro-Finance avec laquelle Babyloan est partenaire dans ce pays – à faire avancer certains projets, parce qu’à 10 000 kms de distance il est parfois difficile de se comprendre. Mais ma mission se termine bientôt, et cette journée sera ma dernière sur le terrain. Quand je retrouve Monique Amar, je me demande ce qui a pu pousser cette femme à abandonner son confort tout parisien et le milieu publicitaire dont elle est originaire, pour partir à l’autre bout du monde et lancer un projet un peu fou il y a 3 ans. Son association « Amour de Soie » propose en lien avec la société « La Cabane Bamboo », une collection de produits conçus à la main par des artisans vietnamiens bénéficiant de conditions de travail décentes, pour leur permettre de scolariser leurs enfants. Alors Monique me raconte son histoire, sa famille, trois générations passionnées – sa grand-mère portant la nationalité du pays,son fils qui a appris le vietnamien depuis la France, et entre les deux, www.amourdesoie.com, son grand saut à elle, les difficultés des premiers temps, et enfin le premier vrai succès : les éventails de la tournée de Mylène Farmer, 20 000, dont la fabrication entièrement faite à la main vient de s’achever au Vietnam.

Nous sommes à scooter, seul moyen efficace d’avancer dans la circulation chaotique de la métropole asiatique. On nous klaxonne, on nous double, mais je ne veux rien perdre de la conversation, alors j’écoute attentivement tout en tentant de rester concentrée sur la route. Les porteurs de projets, ceux et celles qui y croient bien avant que la réussite ne vienne accréditer quoi que ce soit, et qui les mènent à bout, comme Monique, m’ont toujours impressionnée.
Les entrepreneuses que nous allons rencontrer aujourd’hui sont également étonnantes. Elles s’appellent Hong Nguyen Thi et Tu Nguyen Thi ; d’un point de vue tout occidental, la similarité de leurs noms pourraient porter à croire qu’elles sont de la même famille, mais il n’en est rien. Beaucoup de personnes portent des noms semblables au Vietnam, cela ne va pas plus loin. « Verra-ton des rizières ? » m’avait demandé Monique lorsque nous nous étions parlé au téléphone quelques jours avant la visite, « Pourrai-je ramener de belles images ? ». Bien sûr, il y en a partout, elles sont d’un vert éclatant, et, quand le soleil veut bien percer les nuages, le spectacle est épatant.

Au bout d’un chemin traversant l’une d’entre elles, nous arrivons dans un petit village. Hong Nguyen Thi nous accueille à bras ouverts dans sa maison. Son fils est là également. L’habitat est sommaire, l’unique niveau étant composé de trois pièces : un salon / salle à manger qui se transformera en chambre lorsque la nuit viendra, une cuisine, et une dernière petite salle, avec seulement un ordinateur, la plus grande richesse de la famille. Grâce aux revenus nés de sa modeste entreprise, Hong a pu envoyer son fils à l’université. Il est ingénieur informaticien, il trouvera un bon travail, elle est
fière. Il porte un short en jean délibérément abîmé, un t-shirt ajusté, et ses cheveux sont coiffés au gel ; il bredouille quelques mots d’anglais, c’est déjà un homme, mais devant sa mère il est ému. Elle nous explique que grâce à SEDA elle a pu faire plusieurs emprunts et ainsi développer son élevage de volailles, ce qui lui permet de vendre des oeufs et de la viande tous les jours au marché. Mais elle est curieuse, et après avoir raconté son histoire et renouvelé plusieurs fois ses remerciements, elle veut en savoir plus sur sa bienfaitrice. Alors Monique se raconte à son tour, les femmes vietnamiennes et la scolarisation de leurs enfants, ses origines qui sont ici et qui ont façonné son attachement au pays. Ms. Ha, Manager chez SEDA qui nous accompagne, traduit avec précision du vietnamien à l’anglais pour qu’aucune de ces deux femmes ne perde un mot de ce que l’autre a à lui dire. Le temps passe trop vite, et nous repartons déjà.

De nouveau à scooter, de nouveau dans les rizières. Ce sont mes derniers jours au Vietnam alors je tente de fixer ces paysages qui ne seront bientôt plus qu’un souvenir. Nous arrivons chez Tu Nguyen Thi. Elle tient un restaurant, où elle sert au petit déjeuner le traditionnel Pho, soupe vietnamienne garnie de feuilles de coriandre fraîches et de lamelles de boeuf jetées crues à même le bol, qui finissent de cuire sur la table dans un bouillon fumant. Grâce à cela, elle réalise 100 000 dongs (soit 4 euros) de chiffre d’affaires par jour. Le prêt qu’elle a souscrit auprès de SEDA lui a permis d’agrandir sa cantine, et d’y ajouter deux tables de billard. Après le travail des champs, ou à la sortie de l’école, les travailleurs et les enfants s’y retrouvent pour quelques parties, ou pour quelques bières, puisque Tu a même installé son propre fût. Elle nous propose d’ailleurs d’y goûter, mais il n’est pas midi, alors nous n’acceptons qu’une choppe pour deux. Elle est très légère et bien fraîche, et cela tombe à point nommé car la chaleur est assommante. Encore une fois, les langues se délient rapidement, et nous discutons là pendant près d’une heure, comme si nous l’avions toujours fait. Remplies d’images et d’histoires, mais vidées de ces litres d’eau abandonnés dans l’épaisse moiteur de la saison, nous rentrons au bureau, affamées.

Il est temps d’aller déjeuner. Direction le marché de Dong Anh où nous dégustons des spécialités locales absolument savoureuses, une omelette baveuse aux herbes, du boeuf sauté dans une sauce que je ne saurais décrire, de petits dés de porcs aux oignons, des liserons d’eau revenus à l’ail, le tout agrémenté de riz blanc dont le seul goût délicieux justifierait de le consommer nature. On mélange tout, on partage tout, ainsi se succèdent les repas en Asie. De retour vers Hanoi, nous n’arrêtons de parler de cette journée, de l’impertinente situation de se retrouver face à des personnes que l’on n’aurait jamais dû rencontrer, de la merveilleuse façon dont les existences s’influencent. Monique restera en contact avec Hong et Tu, c’est sûr.

Par Cioso

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