Nos partenaires sur le terrain

Journal de bord depuis le Nicaragua

Par notre envoyée très spéciale, Cioso

Après l’Équateur, direction le Nicaragua pour Aurélie et Julia. J’ai pour ma part atterri là il y a deux semaines à peine, pour aider Afodenic (Asociación para el Fomento al Desarrollo de Nicaragua), le partenaire local de Babyloan. La collaboration est récente, puisqu’elle a été entérinée en novembre dernier. Forte de ma courte expérience en Amérique Centrale, je réceptionne les girls en grande forme à l’arrivée – boutades à tout va et bouteilles d’eau à volonté. Le Nicaragua étant parcimonieusement desservi par de trop rares couloirs aériens, il leur aura fallu passer par le Panama et le Costa Rica pour atteindre Managua, célébrissime capitale du pays susmentionné.

À ce stade, vous vous posez peut-être la question du pourquoi de ces visites de terrain à l’autre bout du monde. Aurélie et Julia sont-elles en vacances pendant que vous supportez les odeurs de vos voisins dans un métro non climatisé ou perdez patience dans les embouteillages ? Pas tout à fait, puisqu’il est absolument nécessaire pour Babyloan d’aller rencontrer ses partenaires, de même que les clients finaux. Ces moments sont l’occasion de faire une mise au point sur les pratiques des Institutions de Microfinance (IMF), d’impulser des améliorations dans le processus de collaboration, et enfin de rencontrer les porteurs de projet, ces destinataires effectifs de l’argent que vous prêtez. Les projets sont-ils correctement choisis ? Les prêts consciencieusement distribués ? Les emprunteurs sont-ils formés, suivis, aidés ? Bref, l’IMF remplit-elle bien la mission que Babyloan, et vous, lui avez confiée ?

Je vous remets donc notre journal de bord :

Samedi 12 juin

Aurélie et Julia ayant eu le bon goût d’arriver à l’heure du déjeuner, notre objectif premier est de nous sustenter. Les tables sont larges, la terrasse est aérée, et les couteaux glissent dans les entrecôtes comme si c’était du beurre. L’endroit est idéal pour un point exhaustif sur la semaine à venir ; nous y restons au moins 3 heures. Il s’agira ensuite de trouver l’hôtel, sachant que déchiffrer une adresse n’est jamais une mince affaire au Nicaragua pour la bonne et simple raison que les adresses sont inexistantes. Pas de nom de rues, pas de numéro sur les maisons. À la place, des énigmes, un savant jeu de piste, une course d’orientation prenant pour repères les différents édifices de la ville, existants ou parfois même ceux qui n‘existent plus, et à partir desquels on s’oriente en se servant des points cardinaux, eux aussi renommés pour corser le défi. À titre d’exemple, l’adresse d’Afodenic est : Altamira BDF (une banque dans une grande rue voisine), 1 cuadra al lago (comprendre 1 pâté de maison vers le lac, c’est à dire au nord), 2 cuadras arribas (comprendre deux pâtés de maison vers le bas, c’est à dire à l’ouest), 20 varas al sur (comprendre 20 pas au sud).

Advienne que pourra.

Dimanche 13 juin

Dimanche fut une journée d’adaptation pour mes deux nouvelles camarades. L’ambiance est singulière à Managua. Notre allure toute occidentale ne nous permet malheureusement pas de nous balader seules dans les rues, sous peine de nous faire dépouiller immédiatement des quelques cordobas (monnaie locale) et autres appareils de photographie, cartes de crédit ou documents d’identité susceptibles d’être en notre modeste possession. De toute façon, il n’y a pas vraiment matière à promenade, les trottoirs sont étroits, il fait 1000 degrés et les commerces sont regroupés dans des centres commerciaux climatisés. Il faut donc rapidement s’acoquiner avec quelques chauffeurs de taxi de confiance. Je sais que je peux compter sur Frank, Julio, et Charlie dont j’ai pris soin d’enregistrer les numéros dans mon téléphone. Lorsqu’on veut se déplacer, nous les appelons, et c’est dans la langueur tropicale et la volubilité latine de ses occupants que l’on rencontre enfin le charme de Managua.

Doucement, on s’y fait.

Lundi 14 juin

Première réunion de travail chez Afodenic. Francisco Montoya, le président-directeur, nous présente son entreprise, de même que le secteur de la Microfinance au Nicaragua. Nous prenons le temps de discuter avec les employés, afin de comprendre le travail de chacun. Ils sont responsables de la gestion des risques, des partenariats avec Babyloan, Kiva, ou Vittana, en charge du système informatique, comptables, ou encore agents de crédit. Le bureau de Managua compte un peu moins d’une vingtaine de personnes.

L’après-midi, nous rencontrons des bénéficiaires d‘Afodenic, ceux que vous avez soutenus sur babyloan.org. Gladys, la boulangère, qui a fait un prêt pour changer son four à bois en un four à gaz large de 6 mètres sur 3. Désormais, une flamme hallucinante de plus d’1 mètre chauffe l’espace en moins de 4 minutes. Les brioches sont délicieuses, et Gladys approvisionne les pulperias (petites épiceries) de tout son quartier. Plus tard, c’est Lucrecia qui nous présentera son petit atelier de couture. Elle emploie 4 personnes, et Aurélie en profite pour passer commande : c’est cette entrepreneuse qui produira les polos des journées de Babyloan qui auront lieu les 15, 16 et 17 octobre 2010.

Une belle collaboration.

Mardi 15 juin

Direction Ticuantepe, une des branches d’Afodenic située dans la campagne de Managua. Ici les projets sont différents, il s’agit d’agriculture, d’élevage, de petits commerces aussi car nous nous éloignons de la ville. Nous rencontrons Miguel, un producteur d’Ananas qui nous fait goûter ses fruits. Cette incroyable douceur au palais nous fait imaginer qu’ils ont macéré pendant des heures dans une potion archi sucrée, alors qu’ils viennent d’être cueillis et découpés sous nos yeux. Nous nous régalons.

Plus tard, nous rencontrerons Johnny, qui récupère des chaussures usagées, les nettoie, et les revend sur le marché local en faisant de petits bénéfices. Après un déjeuner face à une magnifique lagune, de celles qui s’étalent à travers tout le pays là où l’eau a colonisé d’anciens cratères, nous prenons la route.

Le voyage est une épopée puisque nous frôlons la mort toutes les 6 minutes environ, notre chauffeur étant souvent ambitieux, rarement réaliste. Nous arrivons à Juicalpa, siège historique d’Afodenic, où l’Institution a été fondée il y a 10 ans, et où elle a d’ailleurs financé un projet immobilier de 498 maisons. Dans un de ces logis, nous passerons les deux prochaines nuits.

La belle aubaine.



Mercredi 16 juin

Attachement historique et origine géographique obligent, à Juigalpa et dans ses alentours, Afodenic soutient de nombreux projets. Ils ne sont pas tout près d’ici, aussi Francisco frappe à notre porte à 6h30. Le réveil a sonné il y a une grosse demi-heure, mais la première douche a commencé à couler il y a 5 minutes seulement. Nous sommes en retard, c’était à prévoir. Au programme du jour, la visite Centro de Capacitación Agro-Pecuario y Forestal (Centre de Formation aux métiers agricoles, d’élevage et forestiers), où de futurs agriculteurs, fils et filles de producteurs clients d’Afodenic, sont formés a de nouvelles techniques agricoles et d’élevage.



Nous visitons également cette entreprise de produits laitiers qui utilise la matière première produite par des clients d’Afodenic pour fabriquer des fromages qui seront exportés au Honduras. Dans le petit bureau de Nueva Guinea à deux heures de voiture de Juigalpa, nous rencontrons les agents de crédit locaux et échangeons avec eux sur la manière dont ils accompagnent les clients, avant de partir à leur rencontre. À quelques rues d’ici, un petit magasin de chaussures ouvrira bientôt sur le perron d’une maison. C’est une bonne affaire parce que dans cette ville où les routes sont défoncées et les distances interminables quand parcourues à pied, on consomme de la semelle.

L’idée tombe sous le sens.

Jeudi 17 juin

Nous avons longtemps attendu cette journée puisqu’Aurélie a négocié âprement toute la semaine pour que la pause déjeuner soit « aménagée » afin de nous permettre de regarder France-Mexique (avec le décalage horaire, le match comme à 12h30 alors autant faire d’une pierre deux coups…). Si on avait su ce que ça allait donner (et les suites malheureuses que tout le monde connaît maintenant sur les bleus…), on ne se serait pas battues aussi férocement avec Francisco, qui s’est juste moqué de nous pendant tout le déjeuner.

La journée n’a pas été complètement perdue pour autant puisque nous avons visité plus en profondeur le projet résidentiel de Juigalpa, où Afodenic a financé une école primaire et également une centrale de traitement des eaux usées, et tenu une réunion avec l’équipe dirigeante du bureau de Juigalpa. En fin de journée, nous avons pu discuter avec un groupe de clients d’Afodenic, des producteurs de riz qui se sont réunis en coopérative afin de pouvoir faire face à la cyclicité de leur activité et organiser le travail de tri permettant de dégager des marges plus importantes.


Vendredi 18 juin

La dernière journée est intense. Nous devons finir de monter tous les films, toutes les interviews que nous avons faites au cours de cette semaine (mais en fait on ne finira pas). Nous avons deux rendez-vous importants. Le premier est avec Etimos, le fonds d’investissement en Microfinance italien,  qui finance partiellement Afodenic, et qui nous présente ses projets au Nicaragua. Nous rencontrons également Ivan Gutierrez Aguirre, représentant local du Recamif (Red Centroamericana de MicroFinanzas). L’entretien est passionnant, puisqu’il nous brosse un portrait de la Microfinance en Amérique Centrale, et du mouvement « No Pago » (article à venir) qui préoccupe beaucoup depuis l’Europe, mais commence en fait à s’essouffler vu d’ici. Les quelques heures qu’il reste à Aurélie et Julia sont mises à profit pour réaliser une interview de Francisco (directeur d’Afodenic) et de Lismary (responsable de la gestion du risque) afin de pouvoir ramener des témoignages aux internautes.

La semaine s’achève tard. Aurélie et Julia repartent demain. Elles ont l’air contentes puisque c’est la dernière fois qu’elles ont à faire semblant d’apprécier les spécialités locales : riz, flageolets, fromage frit et banane à l’huile.

Je terminerai les films, les articles, les rapports, et les audits la semaine prochaine. Le mois prochain ?

Par Cioso

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