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La journée d’un agent de crédit au Vietnam – par Claire

Claire, vous la connaissez maintenant ! C’est l’ambassadrice Babyloan au Vietnam. Elle nous raconte au cours de cet article la journée d’un agent de crédit au Vietnam. Récit entre mots et images. Embarquement immédiat.
« Confortablement assis derrière un ordinateur à 6 000 km des campagnes d’Hanoï, il est sûrement difficile d’imaginer ce que peut être le quotidien d’un micro banquier, et plus énigmatique encore vous semble certainement la destinée de l’argent que vous venez de prêter en ligne.

Sans agence, sans guichet, sans carte bleue, comment transférer des fonds et récupérer sa mise ? Quel est le lien entre ce micro-entrepreneur, cette photo, son projet et vous ? Comment l’argent arrive-t-il jusqu’à lui ?

Les quelques lignes et les photos qui vont suivre sont le récit de la journée d’un agent de crédit que j’ai suivi au Vietnam. Contrairement aux atmosphères feutrées, aseptisées et climatisées des banques auxquelles nous sommes habitués, ici tout se passe sur le terrain. L’agent est au contact direct des entrepreneurs, non seulement pour gérer les flux d’argent – qu’il s’agisse de prêts ou de remboursements – mais également pour apporter des conseils, et offrir un véritable accompagnement à ses clients.

Afin de pouvoir transférer l’argent prêté en ligne, Babyloan travaille dans 8 pays en partenariat avec des Institutions de Micro-Finance (ou IMFs). Elles servent d’intermédiaires entre vous et les micro-entrepreneurs. Au sein de ces IMF, des micro banquiers, ou agents de crédit vont à la rencontre des emprunteurs. Ce sont eux qui créent les profils que vous pouvez voir en ligne.

Voilà donc à quoi ressemble SEDA, le « Centre of Small Enterprise Development Assistance » du district de Dong Anh, au Nord d’Hanoï, l’IMF chez qui j’ai été déléguée.
Les journées y sont plutôt rythmées !

8h30 – 10h30 : À ma montre, il est 9 heures, je suis en retard parce que je ne me suis pas réveillée et que j’ai pris le bus, mais les agents de crédit, eux, ont déjà garés leurs motos et sont au travail à l’intérieur. Tous les matins, ils préparent leur tournée, ces « group meetings » qui vont occuper la plus grande partie de leur journée.

Dans le district de Dong Anh, il y a 6 agents de crédit, en charge chacun d’une quarantaine de groupes réunissant à chaque fois 5 micro-entrepreneuses. Je fais bien l’accord au féminin car, à quelques exceptions près, on ne prête qu’aux femmes ! Et il y a une raison à cela. Muhammad Yunus, Professeur d’Économie et lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2006, souvent qualifié d’ « inventeur » du micro-crédit, est plutôt à l’origine de sa popularisation et de son application à grande échelle. Il est le fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh, et est également à l’origine de nombreuses initiatives en Micro-Finance et plus largement en Social Business. En 1977 déjà, il parcourait le village de Jobra – voisin de l’Université de Chittadong où il enseignait – à la recherche de micro entrepreneurs à financer. Son expérience a prouvé que les femmes avaient tendance à réinvestir l’argent gagné au profit de leur famille, de leur logement, ou de leur communauté, ce qui n’était pas toujours le cas des hommes.

SEDA est le seul moyen pour les habitants du district de Dong Ahn d’obtenir de l’argent pour développer leurs activités. En général, ils ne peuvent pas lire et ils n’ont donc pas accès aux services financiers traditionnels. SEDA fait ainsi office de banque locale. Mais dans cette banque-là, il n’y a pas d’ordinateur, pas de formulaires interminables à remplir, et il n’y a pas non plus de guichets. En fait, il n’y a même pas de clients puisque ce sont les micro-banquiers qui se déplacent dans les villages et vont les rencontrer. L’unique pièce de l’agence leur ainsi sert d’espace de travail le matin ; ils revoient leurs comptes dans des grands cahiers où tout est écrit à la main, et vérifié à la calculatrice.

10h30 – 13h30 : En fin de matinée, on me tend un casque et après 5 minutes de route on est déjà perdus dans les rizières. Le plus souvent, les « group meetings » sont l’occasion de distribuer les prêts nouvellement accordés ou de récupérer les remboursements des emprunteurs qui ont déjà lancé leur projet. Ils permettent aussi aux agents d’évaluer la situation économique et sociale d’entrepreneurs en cours ou en fin de remboursement. Mais l’agent de crédit se charge aussi de démarcher de nouveaux clients et de présenter les derniers produits disponibles, comme par exemple ces prêts étudiants proposés par vittana.org.

Concrètement un « group meeting » c’est la rencontre entre l’agent de crédit et le chef ou plusieurs membres du groupe. S’il s’agit d’un remboursement, les membres du groupe seront venus apporter au préalable les sommes dues. Ou bien le feront sur le moment, ce qui peut parfois donner lieu à quelques distorsions dans le planning et à un véritable défilé dans la maison ! D’autres fois également, l’agent de crédit réunit le groupe afin de dispenser une formation. Comment gérer son argent ? Comment optimiser ses dépenses, ou faire des économies ? Comment tenir un cahier de comptes ? Autant de concepts qui peuvent nous paraître évidents mais qui ne le sont pas pour ces entrepreneurs qui ont un très bon sens des affaires mais n’ont – pour la plupart – jamais reçu de formation.

Ce matin-là, nous rencontrons donc 5 femmes, à la tête d’autant de groupes. Ici d’ailleurs, pas de problème de remboursement, car le groupe étant garant de la solvabilité de chaque individu, les échéances sont toujours honorées dans les temps. Les femmes défilent tour à tour avec des liasses de billets à la main, elles discutent quelques minutes puis retournent à leurs activités.

Les enfants jouent autour, et une vieille télévision diffuse un jeu dans une langue que je ne comprends pas. Mais la lumière est tamisée, le décor bleu foncé et je reconnais immédiatement le jingle ; les candidats sont apparemment là pour gagner des millions… Quant à nous, la tournée n’est pas terminée, nous repartons.

Dans le même quartier, nous changeons de rue et de maison, mais le rituel reste le même. Nous retirons nos chaussures, une matrone nous reçoit, et c’est son mari qui sert le thé. Elle s’appelle Mai Dau Thi, et derrière sa maison il y a un enclos avec de la volaille. Le prêt de 230 euros accordé par SEDA lui a permis d’acheter 200 canards supplémentaires. Elle a également appris à tenir un livre de comptes, elle a acheté une couveuse et augmenté considérablement sa production. D’un air totalement flegmatique, elle nous raconte qu’il est facile pour elle de rembourser, car les montants sont très petits ; les prêts sont très adaptés à la situation économique des entrepreneurs. Mai Dau Thi perçoit aujourd’hui des revenus qui lui permettront d’envoyer ses enfants à l’université. Et c’est déjà pas mal !

13h30 – 14h30 : Un peu après 13 heures, nous reprenons la moto pour repartir vers le bureau. C’est l’heure du déjeuner. C’est très convivial, et en général on partage tout. Le riz est évidemment au centre du repas. J’aurai malheureusement du mal à vous détailler les conversations car on parle très vite et on c’est en vietnamien, mais les voix sont aigües, et on rigole beaucoup. Le menu est varié, il y a de la viande et des légumes, mais ce que je préfère ce sont les morceaux de mangue verte (oui, pas mûre quoi…) à tremper dans de la poudre pimentée que nous avons pour le dessert …

14h30 – 17h30 : Durant l’après-midi, les agents de crédit travaillent avec leur Branch Manager (Ms. Ha). Ils font état de leurs rencontres du matin, et un reporting détaillé de la situation de leurs clients ; ils présentent également les dossiers des nouveaux candidats. C’est aussi à ce moment qu’est discutée la situation de ceux qui ont laissé le groupe honorer leur règlement à leur place. Il s’agit d’abord d’essayer de comprendre pourquoi l’entrepreneur n’a pas remboursé, et s’il y a un problème avec son projet. Un suivi plus approfondi est dans ce cas mis en place afin de rendre le projet viable. S’il s’avère que le micro-entrepreneur ne respecte pas les règles fixées après assistance de l’agent de crédit, le Branch Manager peut décider de lui retirer son prêt et réclamer un remboursement immédiat des sommes versées. Mais cela n’arrive que très rarement…

En fin de journée, l’argent récupéré le matin est compté, et rangé au coffre. Et je peux enfin rentrer chez moi ! »

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