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Suite et fin de la visite de Victor, babyloanien, chez CBIRD

Vous avez été nombreux à aimer l’article « Barang à Battambang : Visite d’un babyloanien chez CBIRD au Cambodge (épisode 1) ». Voici la suite des aventures de Victor !

Dans la peau d’un agent de crédit – Récit initiatique

Chers Babyloaniens,

Aujourd’hui, j’accompagne le DRH et son assistant, également coordinateur Babyloan au sein de CBIRD – basés à Battambang – qui vont faire passer des entretiens de recrutement dans les agences de Siem Reap et Banteay Meanchey (respectivement à 200 et  100 km au Nord de Battambang) : l’occasion pour moi de découvrir les équipes des autres agences et de partir à la rencontre des bénéficiaires Babyloan. J’espère en apprendre davantage sur la genèse du profil Babyloan, depuis la prospection jusqu’à l’envoi des profils de micro-entrepreneurs au siège. C’est une fois les profils parvenus au siège de l’IMF que nous archivons et importons les informations au sein du système Babyloan, pour finalement vous les faire parvenir sur babyloan.org.

Nous arrivons à Siem Reap en fin de matinée. Après un déjeuner copieux fait de gélatine de poisson séché et d’intestins de bœuf (non je rigole pas, et je rigolais pas non plus sur le moment), j’accompagne deux agents de crédit dans leurs tâches quotidiennes. Le tandem sillonne la campagne  voisine à la rencontre des clients de CBIRD en représentants de l’IMF. Sur le terrain, ils assurent un rôle indispensable auprès des micro-entrepreneurs : prospection et présentation de l’offre de services CBIRD, évaluation préalable de la situation financière des clients et analyse de la viabilité du prêt, suivi du remboursement – en veillant à ce que les règles de crédit arrêtées par les autorités locales sont bien respectées. La dimension humaine de leur fonction est capitale : les agents de crédit prennent soin d’être à l’écoute et d’accompagner les clients tout au long du processus, et s’attachent à leur prodiguer des conseils quant à leur micro-entreprise et leur business plan. Je m’installe à l’arrière de la moto conduite par MithSamork, 27 ans, 4 ans d’ancienneté chez CBIRD et ancien moine bouddhiste pendant 16 ans. Il faut savoir que suite aux ravages de la période Khmer Rouge, nombreuses sont les familles qui ont confié leurs enfants aux pagodes afin de leur assurer une éducation convenable.

Premier rendez-vous chez une commerçante à la sortie de la ville, potentielle bénéficiaire Babyloan, à qui nous soumettons quantité de documents à remplir afin de procéder plus tard à l’évaluation du prêt. Halte suivante dans une pagode en chantier où je rencontre Chan Tou, sculptrice et future bénéficiaire Babyloan qui m’expose fièrement les décorations qui orneront le mur du réfectoire. Je fais également la connaissance de Nay, maçon bavard parlant un Anglais impeccable qui m’invite à visiter le reste de la pagode. Nous discutons quelques temps tous les trois grâce aux talents d’interprète de Nay ; Tou me parle de sa famille, de son travail, de ses projets futurs. Puis vient le moment pour Samork de prendre la fameuse photo qui illustrera le profil de Chan Tou sur babyloan.org, pour les beaux yeux des Babyloaniens.

Me voilà qui prends mes aises. Oui mais pas question de traîner, mes agents de crédit ont un emploi du temps chargé cet après-midi. Nous enfourchons nos motos et nous dirigeons vers un village du Puok District un peu plus loin. En chemin, les paysages sont spectaculaires ; les rizières à perte de vue se dessinent sur fond de ciel azur, vaste canevas d’un vert chatoyant parsemé de palmiers, cocotiers et bassins de lotus. Le sentier accidenté que nous empruntons suit le cours d’eau aménagé servant à irriguer les cultures alentour. Je suis surtout ému par l’impression de sérénité qui règne ici. Au retour, ce seront les épais nuages couleur de charbon tapissant le ciel de mousson qui me raviront, détonnant sur le vert vif des rizières en contrebas. On m’a promis des paysages « diablement générateurs d’atmosphères » au Cambodge (si si, c’est écrit tel quel dans le Routard j’invente rien), je ne suis pas en reste alors que nous filons à travers cette campagne paisible, comme suspendue, hors du temps, à la rencontre des bénéficiaires.

Chez Teteet

Nous parvenons enfin au hameau où vit Teteet, jeune mariée et mère de trois enfants. Elle possède une ferme et vend du poisson au marché. Elle tient également le rôle de trésorière locale pour CBIRD, c’est-à-dire qu’elle relaye son action dans les villages alentour en promouvant les services de l’IMF auprès des villageois et en centralisant le règlement des paiements. Nous nous asseyons à l’ombre de son pavillon perché sur pilotis (caractéristique des habitations rurales au Cambodge) ; les plus chanceux ont trouvé refuge dans les hamacs autour. Nous discutons, je l’interroge sur sa famille, ses activités, ses projets. Samork s’improvise interprète, j’insiste tout de même pour replacer les quelques mots de Khmer que j’ai appris jusqu’à maintenant. Excès de zèle, l’effort n’est pas concluant. Ma prononciation « approximative » (restons sobres) provoque l’hilarité générale. Les Khmers sont d’un naturel très farceur et les rires sont communicatifs, je me prête au jeu. Comme à chaque fois que je rendrai visite à des bénéficiaires, je passe un moment simple et délicieux en compagnie de cette famille qui m’offre l’hospitalité et qui me donne vraiment envie d’apprendre à parler Khmer. La discussion terminée, Teteet nous emmène visiter ses rizières plus loin et Samork en profite une fois de plus pour prendre la photo de son profil Babyloan.

A notre retour, c’est une jeune voisine et cliente de CBIRD qui vient lui rendre visite pour rembourser son prêt. Nous discutons. Elle m’explique qu’elle confectionne des paniers tressés qu’elle vend au marché, et qu’elle va se marier dans deux mois. Elle aimerait aussi contracter un autre prêt auprès de CBIRD pour se lancer dans une nouvelle activité : la vente  de criquets (comme en-cas, pas d’élevage). A faire griller, bien assaisonner puis déguster en apéritif comme des chips épicées (veiller auparavant à ôter la tête, non-comestible). Parole de Barang, contre toutes attentes c’est un régal, on en redemande. Enfin n’exagérons rien, point trop n’en faut. On me pose alors une question récurrente : pourquoi chez Babyloan ciblons-nous en priorité les femmes entrepreneurs ? Je tente en quelques mots-clefs (il faut le reconnaître : la traduction de Samork, même si elle est salutaire, me laisse parfois songeur) d’expliquer qu’à l’origine le microcrédit a une vocation non seulement économique mais aussi sociale puisqu’il s’attache à rééquilibrer les rapports homme/femme au sein de sociétés patriarcales. Je poursuis en affirmant que statistiquement les femmes sont aussi des emprunteurs plus fiables et consciencieux pour les IMF. En face, on hoche la tête mais on demeure perplexe. Les progrès économiques sont bien là mais il faudra du temps pour que l’impact sur les mentalités quant au rôle de la femme au sein de la société se fasse également sentir.

Mais voilà que sur le chemin du retour la mousson nous rattrape. Le ciel menaçant s’ouvre au-dessus de nos têtes alors que nous filons à toute allure sur les sentiers boueux, déguisés en marécages pour l’occasion ; c’est le déluge, la pluie chaude s’abat avec force sur les rizières tandis que des éclairs déchirent le ciel noir. C’est-y pas « diablement générateur d’atmosphères » ça ?

Le lendemain nous arrivons dans la province de Banteay Meanchey. Je reprends le cours de mes visites auprès des bénéficiaires Babyloan, cramponné à l’arrière de la moto conduite par l’agent de crédit qui me conduira tour à tour chez une cliente agricultrice élevant des porcs, une autre vendeuse de nouilles au bœuf, une poissonnière, une épicière, une éleveuse de poulets, une tisserande. Quand nous rentrons à Battambang à la fin de la journée, je suis à la fois épuisé et ému par ces rencontres ; mais je suis surtout admiratif et envieux devant le travail colossal abattu par les agents de crédit, qui sillonnent à longueur de journée la campagne cambodgienne à la rencontre des clients. Être quotidiennement au plus proche des bénéficiaires, je ne vois décidément rien de plus gratifiant ni enrichissant.

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