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Riches solidaires, qui sera le premier Warren?

Incroyable : les riches français seraient devenus solidaires. Voilà des jours que les médias nous abreuvent de cet engouement soudain de quelques riches français, solidaires de la rigueur budgétaire : « taxez-nous, imposez-nous s’il vous plaît », on croit rêver. Le mouvement est évidemment louable et il serait de bien mauvais goût que de le vilipender. Bravo donc messieurs, poursuivez donc et évangélisez votre appel auprès de vos co-fortunés.

Mais de quoi parle t-on ? en fait de pas grand-chose si ce n’est l’acceptation d’une surtaxe (s’il vous plait temporaire) de quelques % sur les revenus de l’année des plus riches. On sourit à la lecture des chiffres en jeu,  30 millions si l’on met la barre à 1 million pour des recettes de 10 milliards à trouver pour atteindre les 3% de déficit et sans même parler de la règle d’or…

On sourit plus encore quand on entend ou on lit ici et là d’hasardeux commentaires qui rattachent ce mouvement de solidarité à l’école de pensée du philanthrope Warren Buffet. Certes, son appel à la taxation des riches outre atlantique semble avoir été entendu chez nous. Mais la comparaison s’arrête là. C’est en effet oublier un peu vite la dimension philanthropique de l’homme. Il a suivi et relayé l’initiative prise par Bill Gates qui, avec une quarantaine d’autres américains, ont décidé d’affecter au moins 50% de leur fortune à la solidarité. Une philosophie simple: il est normal de rendre à la société ce que celle-ci vous a donné.

Ce soudain élan de « solidarité budgétaire » des riches français (tous?) ne doit pas occulter cette case manquante dans la sociologie française, l’engagement philanthropique sur le patrimoine, cela n’a rien à voir. Là est la véritable capacité de solidarité des riches. Attention donc à l’usage des mots et aux effets d’annonce un peu déplacés qui risquent de nous faire passer à coté de l’essentiel et du chiffre qui tue : en matière de solidarité et mis à part quelques initiatives louables, Le Français, riche compris, est 19 fois moins généreux que l’Américain. Et, soyons clairs, les arguments bien pratiques (et assez minables à la réflexion) que l’on nous ressert à chaque repas sur le « tout Etat » ou sur le rôle des impôts en France pour justifier l’immobilisme privé ne tiennent pas la route bien longtemps.

Car le sujet en matière de solidarité est bien là, il n’est pas celui de la contribution à la lutte contre les déficits dont on a envie de dire qu’elle coule de source, mais, à l’heure où les caisses de l’Etat sont vides, celui de la montée inexorable de la ligne de flottaison de la misère et de la pauvreté. Les chiffres accablants viennent de sortir et la tendance, faut il s’en étonner, toujours dans le même sens. En France comme partout dans le monde, des populations de plus en plus larges s’enfoncent sous le niveau de l’acceptable face à la baisse relative du pouvoir d’achat ou la montée inexorable du chômage et de la précarité. Comment accepter qu’une personne au travail, gagnant 800 euros par mois soit obligée de dormir dans sa voiture ?

C’est de cette noyade collective que naissent les révoltes du monde, dans les pays arabes autant qu’en Israël ou chez nos voisins européens. A qui le tour à présent ? À quand la France ?  Elles naissent aussi de l’appropriation de 85 % de la fortune de la planète par 10% de ses occupants, l’autre chiffre qui tue, générateur de tant de frustrations. C’est de cette noyade collective que les riches doivent s’inspirer pour contribuer au nécessaire effort de redistribution dans le monde et rien d’autre. Alors messieurs les riches français, lequel d’entre vous, à l’instar de Bill et de Warren, sera le premier à affecter 50% de sa fortune à la philanthropie ? Les américains ont montré la voie, pourquoi pas vous ?